L’enquête sur les soupçons d’ingérence russe dans la vie politique américaine continue de déchaîner les passions. Donald Trump « devrait avoir honte » d’avoir traité de « vendus » les anciens chefs des services de renseignement qui ont conclu en janvier que la Russie avait bien interféré dans les élections américaines, a estimé dimanche l’ancien directeur de la CIA, John Brennan.

« Il nous a traités de vendus parce qu’il essaie de délégitimer les conclusions » du renseignement, a déclaré John Brennan, interrogé sur CNN aux côtés de l’ancien patron des services de renseignement américains, James Clapper. « Vu la source des critiques, je considère ces critiques comme un honneur », a ajouté l’ancien chef de la CIA, qui avait été nommé par Barack Obama.

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Des « vendus » et un « menteur »

Questionné samedi après sa rencontre avec le président russe sur les accusations d’ingérence de Moscou dans le scrutin qui l’a porté au pouvoir, Donald Trump avait mis en avant les dénégations de Vladimir Poutine, semblant lui donner raison.

Un journaliste lui avait alors rappelé les conclusions des 17 agences de renseignement américaines qui ont été unanimes en janvier dernier pour conclure à une ingérence de Moscou. « On vous dit que c’est 17 agences. Et bien c’est trois. L’une d’elles, c’est Brennan, l’autre c’est machin. Ce sont des vendus », avait-il répondu.

« Franchement, vous avez Brennan, vous avez Clapper, vous avez Comey », a-t-il ajouté en référence à l’ancien chef du FBI limogé, James Comey. « Comey a prouvé qu’il était un menteur et qu’il a organisé des fuites ».

Le sénateur républicain John McCain choqué

Mettre en doute l’honnêteté de Jim Clapper, qui est un ancien général, le 11 novembre, date à laquelle sont honorés les anciens combattants, « est scandaleux », a déclaré John Brennan. « C’est une chose dont M. Trump devrait avoir honte mais il semble qu’il soit incapable d’avoir honte de quoi que ce soit ».

Les propos de Donald Trump avaient aussi choqué le sénateur républicain John McCain, qui a rappelé samedi la carrière passée du président russe au sein des services de renseignement de son pays. « Ce n’est en rien "faire passer l’Amérique en premier" que d’accorder plus de confiance à un colonel du KGB qu’à l’ensemble des services de renseignement américain », a-t-il noté dans un communiqué.

« La communauté du renseignement continuera à dire la vérité au pouvoir »

Pour sa part, Jim Clapper s’est inquiété du refus de Donald Trump de reconnaître l’ingérence de la Russie dans le scrutin présidentiel de 2016. « Poutine est déterminé à affaiblir notre système, notre démocratie et notre processus électoral tout entier », a déclaré l’ancien patron du Renseignement américain, qui supervise les 17 agences. « Le présenter d’une autre façon est sidérant, et représente en fait un danger pour notre pays ».

Dimanche, Donald Trump a paru atténuer la portée de ses précédentes déclarations en assurant « croire » le renseignement américain, « tel qu’il est dirigé maintenant, par des gens très bien ». Mais les conclusions de janvier des services de renseignement « ont été écrites par des officiers du renseignement », pas par les dirigeants des agences, a fait remarquer John Brennan.

« Et je suis convaincu que les hommes et les femmes de la communauté du renseignement continueront à dire la vérité au pouvoir, même si le pouvoir ignore la vérité », a renchéri Jim Clapper.