VIDEO. Blablacar, ambassade, loups... L'hallucinant récit de la cavale de Yoann Barbereau de la Russie à la France

RUSSIE Visé par la police depuis 2015, en fuite depuis un an, Yoann Barbereau a quitté la Russie pour regagner la France, mercredi...

Julie Urbach

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Yoann Barbereau/ AFP PHOTO / LOIC VENANCE

Yoann Barbereau/ AFP PHOTO / LOIC VENANCE — AFP

  • L'ancien directeur de l'Alliance française à Irkoutsk, en Sibérie, se dit victime d'un complot après avoir été accusé d'actes à caractères sexuels sur sa fille.
  • Il a donné, ce vendredi à Nantes, davantage de détails sur cette histoire rocambolesque.

La décontraction avec laquelle il raconte son aventure est aussi hallucinante que le contenu de son récit. Ce vendredi midi, le Nantais de 39 ans Yoann Barbereau a donné une conférence de presse dans sa ville natale, deux jours à peine après avoir regagné la France.

L’ancien directeur de l’Alliance française à Irkoutsk, en Sibérie, se dit victime d’un complot après avoir été accusé d’actes à caractères sexuels sur sa fille et condamné à 15 ans de camp. Celui qui a quitté la Russie « par ses propres moyens » après un an de fuite a livré de nombreux détails sur les moments clés de sa cavale de 8.000 km, et ce qu’il décrit comme un « constat d’échec de la diplomatie française ».

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Son arrestation. « Ma vie a changé le 11 février 2015 quand je suis arrêté chez moi par une dizaine de personnes, dont la moitié sont masquées. Je suis emmené de façon très violente et personne ne me répond quand je demande la raison. Je suis mis en prison jusqu’au 21 avril et grâce aux risques que certains ont pris, on me libère. On m’interne alors de force en hôpital psychiatrique. J’ai versé une somme importante, entre 15.000 et 20.000 euros, pour en sortir. »

Sa fuite jusqu’à Moscou. Yoann Barbereau, ensuite assigné à résidence, décide de quitter Irkoutsk en septembre 2016, avant même son jugement. Equipé d’un bracelet électronique, il franchit le pas, un dimanche matin. « J’avais 12h d’avance avant le prochain contrôle. Pour couper le signal, j’ai utilisé du papier aluminium. Je suis parti vers l’Ouest et avec une fausse identité j’ai utilisé Blablacar. Il était hors de question de conduire à cause des contrôles mais j’ai réussi à me fondre dans le paysage, au milieu des familles russes. »

Son arrivée à l’Ambassade de France. « Des gendarmes français ont sécurisé mon entrée et l’ambassadeur m’a ouvert la porte. Je n’y serai jamais rentré si je savais ce qu’il allait se passer ensuite. Au bout de 15 minutes, on me dit qu’on ne peut pas cacher ma présence aux Russes. L’ambassadeur, le ministère des Affaires étrangères [Jean-Marc Ayrault à l’époque], j’avais en face de moi des lâches. On m’a installé dans une chambre de passage. J’avais l’espoir que ça se règle dans la semaine de mon arrivée… »

Son séjour et ses espoirs. « Peu de monde savait que j’étais là. Finalement, je passe une année à l’ambassade et personne ne vient me voir. Je tisse des relations avec le cuisinier, l’intendant… » Yoann Barbereau et ses proches dénoncent que son exfiltration n’a jamais eu lieu, malgré « plusieurs fenêtres de tir ». «  Deux agents de la DGSE ont commencé à travailler avec moi en vue de m’exfiltrer, mais les moyens ont été abandonnés, dévoile Yoann Barbereau. Mon hypothèse est qu’on ne voulait prendre aucun risque alors qu’un nouveau président allait être élu. » En parallèle, on demande à ses proches de taire l’affaire.

Son départ de Moscou. « J’ai annoncé un jour que j’étais prêt à prendre mes responsabilités si on m’aidait au moins à sortir de l’ambassade, à l’aide d’un véhicule diplomatique. On ne me l’a pas accordé. J’ai profité d’une faille de sécurité pour sortir et acheter du matériel : un sac à dos, une lampe de poche, un couteau, une carte SIM anonyme… Quelqu’un, un ami de Moscou, a ensuite bien voulu prendre des risques pour moi et m’a aidé à continuer vers l’Ouest. »

Son arrivée à la frontière. Sans donner de détails supplémentaires sur la manière, Yoann Barbereau raconte gagner « un pays européen ». « J’étais très concentré, j’avais étudié des cartes satellites, il y avait une tension extrême. J’ai traversé des forêts dans lesquelles j’ai croisé des loups et des ours, un sentiment de liberté incroyable. Aux abords de la frontière, il fallait éviter les tireurs mais aussi les chiens des gardes, qui peuvent t’arracher un bras ou un bout de visage. J’ai un gros sentiment de libération, et celui d’avoir vraiment risqué ma vie. »

Son retour en France. Une fois la frontière franchie, Yoann Barbereau se fait arrêter, mais le mandat d’arrêt qui pèse sur lui n’est pas mis en execution. « J’étais en terrain ami en Europe », estime-t-il. Selon son avocat, c’est finalement le quai d’Orsay qui aide son client à rejoindre l’aéroport de Roissy, mercredi. Yoann Barbereau est rentré à Nantes, jeudi soir.