Une enquête a été ouverte jeudi par le parquet de Rome après l’agression d’un journaliste de la télévision publique italienne Rai par le gérant d’une salle de sports, frère d’un célèbre boss mafieux d’Ostie.

Alors qu’il était interrogé mardi sur son amitié avec un représentant local du mouvement néo-fasciste CasaPound, Roberto Spada a subitement assené un violent coup de tête au journaliste, lui fracturant le nez, avant de le poursuivre à coups de matraque, selon les images diffusées en boucle jeudi en Italie.

Une « violence gratuite, méprisable, hallucinante »

« Il m’a frappé parce que je posais des questions. Il devrait demander pardon à Ostie » pour l’image qu’il donne de la ville, a déclaré le journaliste agressé, Daniele Piervincenzi, qui travaille pour une émission d’investigation.

CasaPound a demandé jeudi lors d’une conférence de presse l’ouverture d’une enquête « afin de démontrer si le mouvement entretient ou non un lien criminel ou de collusion avec le clan Spada », selon son vice-président, Simone Di Stefano, qui a qualifié l’agression de « violence gratuite, méprisable, hallucinante ».

« On cherche à instrumentaliser ce qui est arrivé au journaliste pour décrédibiliser CasaPaound à un moment où il engrange les voix », a insisté Luca Marsella, candidat du mouvement aux élections municipales à Ostie, cité balnéaire à une trentaine de kilomètres de Rome, dont elle est un arrondissement.

Dimanche, son mouvement a réalisé une percée avec 8 % des voix au premier tour d’une élection municipale organisée deux ans après la dissolution du conseil d’arrondissement pour infiltrations mafieuses.

Des poursuites et jusqu’à trois ans de prison pour coups et blessures

Roberto Spada s’est pour sa part excusé sur Facebook : « Pardonnez-moi, je comprends et je respecte le travail de tous ». Mais selon lui, le journaliste « entrait en force dans une association réservée aux seuls membres, il perturbait une séance de travail, faisant peur à mon fils. Vous, qu’auriez-vous fait ? », interroge-t-il, ajoutant que « la patience a des limites ».

Le suspect risque des poursuites et jusqu’à trois ans de prison pour coups et blessures. D’abord laissé libre parce que les blessures infligées au journaliste n’étaient pas considérées comme graves d’un point de vue juridique, il a finalement été interpellé jeudi après-midi par les carabiniers.

Emoi en Italie

L’affaire a suscité une vague d’indignation en Italie, à commencer par le chef du gouvernement, Paolo Gentiloni, qui a téléphoné au journaliste pour exprimer sa « solidarité après cette agression brutale ». « L’arrestation de Roberto Spada est la démonstration qu’il n’existe pas en Italie de zones de non-droit », a assuré jeudi le ministère de l’Intérieur.

« La violence du clan Spada est inacceptable. Nous arrêterons la criminalité à Rome », a affirmé quant à elle la maire de Rome, Virginia Raggi. Son Mouvement 5 étoiles (populiste), est au coude-à-coude avec une coalition de droite au 2e tour de l’élection municipale du 19 novembre.

La famille de Roberto Spada est considérée par la justice italienne comme un clan mafieux sévissant dans la région littorale de la capitale. Son chef Carmine Spada, frère de Roberto, a été condamné en 2016 à dix ans de prison pour extorsion dans le cadre d’une association mafieuse.