VIOLENCES - Le pays semble revenu au calme après les heurts qui ont fait au moins 17 morts depuis samedi. Mais les habitants redoutent une nouvelle crise…
Des voitures et motos qui circulent à nouveau dans les rues de Douala ou de Yaoundé, des boutiques qui rouvrent… Le Cameroun semble bénéficier depuis jeudi d’un calme relatif, après une semaine marquée par les émeutes et la répression policière.
Ces affrontements ont fait officiellement 17 victimes «tuées par la police», selon des habitants interrogés par 20minutes.fr. «J’ai parlé avec un garçon du quartier qui a vu de ses propres yeux cinq corps de personnes tuées par balles. On a vu d’autres personnes mourantes transportées vers l’hôpital dans des brouettes car on ne pouvait plus circuler en voiture», raconte Alain, habitant de Bonabéri, l’un des quartiers de Douala les plus touchés par les violences. Tous ces morts ont-ils été comptabilisés? Certains en doutent.
De l’eau sur le feu
Malgré un calme qui n’est «pas revenu à 100%», la vie reprend son cours... dans la crainte d’une nouvelle crise. «Les boutiques sont prises d’assaut, les gens sont pressés de récupérer le maximum de choses, de peur de devoir se terrer à nouveau pendant une période plus longue. On pense que ce qui s’est passé, ça n’est pas encore la grande explosion», explique Stéphane Akoa, un franco-camerounais installé à Yaoundé.
Car les causes du mécontentement demeurent. «Il suffit d’interroger les jeunes dans la rue pour voir que les gens ne sont pas contents. L’augmentation du prix de l’essence n’a été que l’eau qui a fait déborder le vase», raconte Alain.
Les crispations restent vives, d’autant plus que le président Paul Biya est apparu, dans son intervention télévisée de mercredi, totalement sourd aux attentes de la population. «On attendait des solutions concrètes. En l’écoutant, les gens restaient bouche bée, étonnés. Il a fait un discours menaçant. Au lieu de tempérer la situation, il a jeté de l’eau sur le feu!» tempête Alain.
Un mois de mars décisif
Parmi les causes de colère: l’augmentation des prix mais aussi un projet de révision de la constitution, dont on sait essentiellement qu’elle permettrait au président Paul Biya, au pouvoir depuis 1982, de briguer un nouveau mandat.
«Les gens en ont assez d’avoir toujours les mêmes au pouvoir, pour la même absence de résultat. Si le pouvoir propose une révision plus profonde de la constitution, peut-être que la révision de la limitation des mandats sera acceptée. Mais si la révision ne porte que sur cet article, ce sera forcément violent», analyse Stéphane Akoa, chroniqueur en politique dans la presse locale.
Le mois de mars, date de la prochaine session parlementaire, devrait donc être décisif.
D’ici là, la population devra essayer de reprendre une vie normale dans des conditions difficiles. «J’ai de l’argent à la banque, mais je ne peux pas y aller, pour des raisons de sécurité, témoigne Alain. Il ne me reste que l’équivalent de 5 euros en poche. Et les prix s’envolent. Hier, on achetait 10 tomates pour 200 francs CFA. Aujourd’hui, on en a une pour 100 francs! Il ne faut pas que ça continue, sinon on risque la famine.»
Christina Lionnet