• New York, pour la première fois depuis 2001, a été frappée par un attentat meurtrier.
  • Le terroriste qui a fauché passants et cyclistes à Manhattan a revendiqué son appartenance au groupe Etat islamique.
  • La communauté musulmane redoute d’être stigmatisée.

De notre envoyée spéciale à New York (Etats-Unis),

Ahmad était au volant de son taxi lorsqu’il a entendu à la radio, mardi, qu’un homme avait foncé dans la foule à Manhattan avec une camionette. « C’était terrifiant. J’ai tout de suite pensé "mais pourquoi y a-t-il des gens qui font ce genre de choses ?' Ça ne devrait arriver nulle part, peu importe où cela se passe et qui cela touche. »

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Ce jeudi matin, alors que le soleil n’est pas encore levé, ce New-Yorkais d’une quarantaine d’années est l’un des fidèles quittant la mosquée Masjid Manhattan après la première prière de la journée. Dans ce centre religieux du sud-est de Manhattan, à quelques centaines de mètres du Mémorial du 11-Septembre et à une vingtaine de minutes de West Street, où Sayfullo Saipov a mené 48 heures plus tôt son attaque meurtrière, faisant huit morts et 12 blessés, l’attentat est encore dans tous les esprits.

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« Ça dépasse l’entendement »

« Ce sont des pauvres gens qui n’avaient rien demandé à personne, ça dépasse l’entendement », déplore Abdullah, agent immobilier de 65 ans. Fidèle de la mosquée Masjid et habitant de New York depuis 1972, lui aussi a été profondément choqué par l’acte terroriste,le premier attentat meurtrier depuis celui du World Trade Center. « Vous savez, ça nous a tous rendu malades. Mais pour la communauté musulmane, c’est comme une double peine : non seulement nous nous sentons mal après ce qu’il s’est passé, mais ce genre d’acte renvoie une image extrêmement négative de l’islam, que les gens connaissent déjà mal. Nous craignons d’être encore davantage stigmatisés. »

« C’est l’œuvre d’un fou, comme à Las Vegas »

Alors que depuis la Maison Blanche, Donald Trump a réclamé moins de « politiquement correct » dans la façon de traiter les attentats, plusieurs responsables musulmans de New York et de ses environs ont exprimé la crainte de voir leur communauté être la cible de violences. Dans le nord de Brooklyn, la méfiance est d’ailleurs perceptible.

Sur une cinquantaine de mètres de l’Atlantic Avenue s’amassent une poignée d’épiceries halal, une mosquée, une école et un centre islamique, formant une petite enclave musulmane à quelques pas du stade Barclays Center. « Nous n’avons rien à voir là-dedans », lancent brièvement la plupart des hommes qui s’affairent dans le quartier, alors que les quelques femmes croisées dans les commerces de la rue refusent de prendre la parole. D’abord réticent, Ali, derrière le comptoir de sa supérette, s’emporte légèrement. « S’ils doivent punir quelqu’un, ils doivent punir l’auteur du crime, pas une communauté toute entière ! Dans ce genre de cas, l’origine du meurtrier ne devrait pas compter. »

Cet homme ne représente pas l’islam

Dans l’enseigne voisine, une franchise du transporteur FedEx, Salim se montre plus serein. Agé de 32 ans, il vit depuis une vingtaine d’années à New York, et veut croire dans le discernement de ses concitoyens. « Je pense qu’ils ne vont pas voir ça comme l’acte d’un musulman, mais comme l’œuvre d’un fou. Parce que c’est le cas ! Cet homme ne représente pas l’islam, c’est un malade mental, exactement comme pour la fusillade de Las Vegas. Je crois que les gens sont capables de faire la différence. Je l’espère, en tout cas. »