Attentat à New York: Donald Trump est «en plein déni de réalité»

INTERVIEW Confronté à son premier attentat terroriste islamiste depuis qu'il est président, Donald Trump ne semble pas, jusqu'à présent, avoir eu une réaction à la hauteur de l'événement...

Propos recueillis par Julie Bossart

— 

Donald Trump et sa femme Melani, la veille de l'attaque terroriste à New York, en pleine distribution de bonbons à la Maison-Blanche.

Donald Trump et sa femme Melani, la veille de l'attaque terroriste à New York, en pleine distribution de bonbons à la Maison-Blanche. — C. Kleponis/Newscom

« Le modèle du loup solitaire. » Mercredi, le gouverneur de New York, Andrew Cuomo, a affirmé que l’homme qui avait tué huit personnes mardi à Manhattan en fonçant sur la foule avec une camionnette-bélier était lié à Daesh et s’était radicalisé aux Etats-Unis.

Ce qui est désormais le premier attentat dans la capitale financière américaine depuis le 11 septembre 2001 est aussi le premier acte terroriste auquel est confronté Donald Trump depuis son arrivée à la Maison-Blanche il y a onze mois.

Comme l’on pouvait s’y attendre, le président républicain s’est fendu de plusieurs tweets, assurant ici les familles des victimes de ses condoléances, promettant là un renforcement du contrôle des étrangers souhaitant entrer aux Etats-Unis.

Il a attendu près de vingt-quatre heures avant de s'adresser aux Américains dans une allocution télévisée. La preuve que « le président des Etats-Unis est en plein déni de réalité », selon Nicole Bacharan, politologue et historienne spécialiste des Etats-Unis.

Comment expliquez-vous le décalage existant entre l’importance de l’événement et la quasi-absence de réaction de la part de Donald Trump mardi ?

Tout d’abord, j’ai le sentiment que l’on a une Maison-Blanche en pleine panique. Hier [mardi], avant l’attentat, ils ont sorti une vidéo de campagne où Donald Trump accuse les Démocrates de l’empêcher de passer sa réforme de la santé. Or, cette réforme n’existe pas, elle est en discussion, et ce sont les Républicains eux-mêmes qui l’ont bloquée. Auparavant, il y a eu les inculpations au sujet de collusion possible avec la Russie. A la Maison-Blanche, ils sont fous furieux et vont jusqu’à accuser Hillary Clinton de s’être associée aux Russes pour faire échouer sa propre candidature [à l’élection américaine en novembre 2016]. C’est assez délirant. Ensuite, sur le déroulement des événements à Manhattan, Donald Trump a tardé à réagir.

Il a pourtant rapidement parlé d’une attaque commise par un déséquilibré…

Ça ne s’est pas passé exactement comme ça. La police, le maire et le gouverneur de New York ont très rapidement dit qu’il s’agissait de terrorisme islamiste. Et ce à cause de "Allah Akbar", que le terroriste aurait crié, et des armes avec lesquelles il est sorti de sa camionnette [elles se sont avérées factices] - ce qui était le signal qu’il voulait mourir en martyr. Or, peu de temps après, Trump envoie un tweet absurde dans lequel il déplore : « A New York, à nouveau, l’acte d’une personne très malade et déséquilibrée. » Alors que ce n’était pas du tout la piste suivie sur place. Comme si Trump ne voulait pas du tout reconnaître la nature de cet acte, comme s’il était en proie à un complet déni de réalité.

C’est ce dont on l’avait taxé après la tuerie de Las Vegas, le 1er octobre, non ?

Il a effectivement eu une réaction à peu près identique à ce moment-là, parlant uniquement d’un acte de « mal absolu », sans aucune considération politique sur la législation des armes à feu, même sur le soin des malades mentaux. Il ne veut pas admettre que, au fond, le président, oui, a une responsabilité.

Dans l’une de ses publications, mardi, il met en lettres capitales, au sujet de l’attaque de Manhattan, « NOT IN THE USA », comme s’il suffisait de le clamer pour que cela soit efficace.

Pourtant, c’est arrivé. D’autant plus que les autorités policières américaines ont immédiatement parlé de Nice et du fait que, depuis l’attentat du 14-Juillet, ils surveillaient de très près les agences de location de voitures et de camions. En plus, ce matin [mercredi], ils ont communiqué aussi sur le compte Twitter crypté d’un site de djihadistes français qui avertissait d’une menace pour Halloween. Donc on a à la fois des autorités américaines qui sont archi précises sur l’origine terroriste, et Trump qui flotte au-dessus de tout ça, et qui parle de contrôles encore plus sévères à l’encontre des étrangers. Sauf que, c’est embêtant pour lui, l’Ouzbékistan n’est pas sur la dernière liste noire de pays dont les ressortissants n’ont pas le droit d’entrer aux Etats-Unis.

Donald Trump est-il bloqué dans sa tour d’ivoire ?

Il ne semble tout simplement avoir aucune prise sur ce qu’il se passe. Je constate une fois de plus qu’il n’a pas sa place à la Maison-Blanche.

>> A lire aussi : EN DIRECT. Attentat à New York: Le suspect «était lié» à Daesh, selon le gouverneur de l'Etat de New York...