Nicolas Sarkozy dit avoir « hésité jusqu'au dernier moment » à faire escale hier au Tchad avant de s'envoler pour l'Afrique du Sud. Lors de cette visite aussi brève que controversée, le Président, accompagné de Carla Bruni, devait demander la relance du dialogue politique intertchadien. Il devait aussi accentuer la pression sur son homologue, Idriss Déby, afin qu'il fasse la lumière sur le sort de trois dirigeants de l'opposition tchadienne arrêtés le 3 février par le régime après l'attaque de rebelles sur la capitale, N'Djamena. Des arrestations dont la France était informée depuis le 11 février, assure Arnaud Royer, chercheur à Amnesty International, document officiel à l'appui.
Parmi les trois opposants disparus, l'ancien chef de l'Etat Lol Mahamat Choua a brusquement « refait surface » et a été placé mardi soir en résidence surveillée. Mais toujours pas de nouvelles de l'ancien ministre Ibni Oumar Mahamat Saleh, ni du député Ngarlejy Yorongar. Le Tchad assure que ce dernier est « vivant », ce qu'a relayé le chef de la diplomatie française, Bernard Kouchner, mais l'entourage de l'intéressé dément.
Dans ce contexte, Human Rights Watch a jugé « inopportune » la visite de Sarkozy. D'autant plus que Kouchner avait souligné vendredi que le Tchad devait remplir « un certain nombre de conditions » et élucider le sort des opposants avant une éventuelle visite du Président. Lors de son entretien avec Déby, le chef de l'Etat devait demander la mise en place d'une commission d'enquête internationale. En privé, il devait également évoquer le sort des six condamnés de l'Arche de Zoé, qui attendent la grâce présidentielle.