Indépendance de la Catalogne: Dans les rues de Barcelone, les annonces de Mariano Rajoy divisent

ESPAGNE Le chef du gouvernement, Mariano Rajoy veut appliquer l'article 155 de la Constitution pour mettre sous tutelle le gouvernement régional...

Antonin Vabre

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Des manifestants favorables à l'indépendance de la Catalogne, à Barcelone le 21 octobre 2017.

Des manifestants favorables à l'indépendance de la Catalogne, à Barcelone le 21 octobre 2017. — PAU BARRENA / AFP

  • Le chef du gouvernement espagnol veut mettre sous tutelle la Catalogne.
  • Le Sénat, majoritairement à droite, doit valider le 27 octobre cette proposition.
  • Le président de la Catalogne, Carles Puigdemont, juge que Madrid se met hors de l'état de droit.

De notre correspondant à Barcelone

De prime abord, c’est un dimanche barcelonais que l’on peine à distinguer des autres. Mais en tendant le micro, on constate vite que les annonces madrilènes de la veille sont dans toutes les têtes. A commencer par le souhait exprimé par Mariano Rajoy de démettre de leur mandat tous les élus du Parlement catalan. Lequel serait alors dirigé par des ministères nationaux jusqu’à de nouvelles élections, dans six mois maximum. En plein coeur de la mégapole catalane, Pere, cigare cubain à la main, en promenade dominicale, se demande qui pourra y participer. « Si ce sont les mêmes partis qui se présentent, les indépendantistes vont finir majoritaires. À Madrid, ils le savent, qui ne dit pas qu’ils vont interdire ces partis ? Leur idée de la légalité, on la connaît. »

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Le discours de Carles Puigdemont samedi a satisfait les séparatistes. « C’est un vrai homme politique lui, responsable », assène Montserrat. « Depuis le début, il veut un dialogue. Comment réagit Rajoy ?  L’article 155 ! C’est de la barbarie. » Son mari, Enrique, plus posé, insiste sur « la démarche cohérente des dirigeants catalans. Tant que l’on reste calmes, à l’étranger tout le monde se tait. » Pour avoir vécu sous le franquisme, ils ne voient pas de différence quand « deux leaders d’association sont emprisonnés pour avoir appelé à une manifestation pacifique. À l’époque non plus on n’avait pas le droit de se réunir. »

« Les gens veulent juste vivre en paix et surtout travailler »

Les positions se radicalisent à l’inverse. Joaquin, retraité, se dit « de sang 100 % catalan, mais 100 % espagnol. » Avec sa femme Carmen, « castillane à 100 % », ils attendaient l’application de l’article 155 depuis longtemps. « Notre chef du gouvernement est fantastique et le Roi aussi », s’émeut Carmen. Tandis que Joaquin s’emporte sur son gendre, « cet imbécile favorable à l’indépendance alors qu’il est andalou. Moi, en cas de guerre j’agirai sous la bannière espagnole ! » Sa femme tente de baisser ses ardeurs, en assurant que « désormais, on va revenir à la normalité. Les gens veulent juste vivre en paix et surtout travailler. Les entreprises sont en train de partir ».

« Il y a eu les attentats en août, mais tout ce qu’il se passe depuis septembre ici, a un impact «, abonde Miguel, restaurateur sur la place Sant Josep Oriol. A ses yeux, pas de doute, la crise a fragilisé le tourisme. » Tous mes collègues dans la restauration et l’hôtellerie me le confirment. Les chiffres baissent. »

« Il y a un côté guerre d’idéologies »

Ramon est indépendantiste, sa femme Roser y est opposée. Ils craignent l’imprévisibilité des semaines à venir. « Pendant des années on a vécu ensemble sans se disputer sur ce thème. Les gens se crispent. C’est douloureux de voir les portes du dialogue se fermer. » Son mari tempère, « on a des avis divergents avec nos amis, même avec ma femme, on parle tranquillement. Il y a un côté guerre d’idéologies, mais les dirigeants doivent comprendre une chose. Ça ne peut pas se conclure par la force, il y a une masse sociale derrière. Il n’y a qu’une issue, discuter. » Une solution que Roser espère, car « pour l’instant le gouvernement cherche à humilier la cause indépendantiste. Alors que c’est en refusant le référendum et en agissant avec violence qu’il l’a fait grandir. »