Lesotho: pour acheter moins cher, le PAM achète local

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Publié le 26 février 2008.

REPORTAGE - Face à la hausse mondiale du prix des céréales et sous l'impulsion du Programme alimentaire mondial, le Lesotho reforme peu à peu son agriculture…

Le Lesotho a faim. Depuis longtemps, certes, mais de plus en plus. «On n’a pratiquement rien récolté l’an dernier, raconte Bofilha Maphatsoe, paysan de la région de Maseru. Certains ont vécu sur leurs réserves, la plupart grâce au gouvernement et au Programme alimentaire mondial (PAM)», qui nourrit 260.000 personnes. De fait, le plus haut pays d’Afrique, totalement enclavé au cœur de la puissante Afrique du Sud, a connu en 2007 sa pire sécheresse depuis 30 ans: la production de maïs a chuté de 50,7%, celle des autres céréales de 49,9%. A cette conséquence directe du changement climatique s’ajoutent aussi la hausse mondiale du prix du pétrole (+18% en 2007) et celle, fulgurante, du prix des céréales (+45% pour le maïs, par exemple).

«La situation nous encourage à acheter les denrées localement, explique Bihm Udas, directeur du PAM au Lesotho. Les coûts de transport sont ainsi largement diminués.» Pour un paysan local, cette réorientation stratégique du PAM permet d’avoir facilement accès à un marché, d’y écouler ses surplus et de diversifier son alimentation grâce à l'argent généré. «C’est du gagnant-gagnant», ajoute-t-il.
Formation contre nourriture
Pour que ça fonctionne, il a une solution, par ailleurs encouragée par le ministère de l’Agriculture: les techniques de conservation agricole. «Globalement, les sols s’appauvrissent: il suffit grosso modo de ne pas les labourer et d’alterner les denrées cultivées», explique doctement August Basson, pasteur sud-africain immigré au Lesotho il y a 15 ans et ardent défenseur du processus. Peu d’outils, peu de technicité requise: la formule a montré son efficacité. C’était l’an dernier, en dépit de la sécheresse: pour la première fois dans l’histoire du Lesotho, le PAM achetait 8.000 tonnes de maïs à un groupement de petits producteurs, dans le cadre d’un programme «vivres contre formation». «Ces achats locaux leur montrent l’intérêt direct de produire des surplus. L’an prochain, ils entendent bien les multiplier», rapporte fièrement August qui, grâce aux vivres du PAM et aux aides du gouvernement, a déjà enseigné ses techniques «modernes parce que traditionnelles» à 1.800 producteurs en six ans.
Mophumzile Ngbengezm en fait partie. Petit bout de femme de 40 ans, mère de trois enfants dont deux sont décédés en bas âge, elle reçoit 75 kg de farine de maïs par mois contre son apprentissage dans la région de Maphutseng, au pied des hauts plateaux. Mais si elle chante à tue-tête en fin de journée avec la vingtaine de paysannes qui travaillent le champ, c’est pour louer les techniques de conservation agricole, pas les vivres reçus: «Dès la saison prochaine, je vais pouvoir être plus productive dans mon propre champ, espère-t-elle. L’an dernier, je n’y ai récolté que 10 kg de maïs… Et puis je vais en faire profiter ma communauté. » August Basson mise sur cet effet boule-de-neige. Une dynamique s’est en tout cas enclenchée. A la fin de la saison, le champ où travaillent Mophumzile et ses camarades devrait générer 30 à 40 tonnes de surplus vendus au PAM. August sait que le volume est dérisoire. Mais il a l’assurance des prophètes: «Ce n’est qu’un début!» Et comme rien n’indique que les prix mondiaux pourraient baisser, le PAM sera toujours intéressé…
Envoyé spécial au Lesotho, Anthony Paris
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