Indépendance de la Catalogne: «On va jouer les prolongations», regrettent les Catalans

ESPAGNE Le président Carles Puigdemont a signé une déclaration d'indépendance qu'il a aussitôt suspendue pour dialoguer avec Madrid...

Antonin Vabre

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Des Catalans pro-indépendance ont suivi le discours de Carles Puigdemont, le 10 octobre 2017.

Des Catalans pro-indépendance ont suivi le discours de Carles Puigdemont, le 10 octobre 2017. — A.VABRE/20 MINUTES

De notre envoyé spécial à Barcelone,

« Pas satisfait, mais c’est raisonnable », « On va jouer les prolongations », « J’espérais qu’on proclame l’indépendance… » Sentiment partagé hier soir sur le Passeig Lluís Companys de Barcelone, où un écran géant avait été installé pour suivre le discours du président de la Catalogne au Parlement. Ce dernier a finalement choisi une voie médiane, en signant l’indépendance puis en la suspendant dans la foulée pour tenter d’ouvrir un dialogue avec Madrid. Retour sur une soirée qui en annonce d’autres.

L’accès au Parc de la Ciutadella, où se trouve le Parlement de Barcelone, avait été fermé, la foule s’est donc retrouvée sur la grande esplanade qui y mène, le Passeig Lluís Companys, du nom du dernier à avoir proclamé l’indépendance de la Catalogne, exécuté par Franco en 1940.

Discours repoussé d’une heure

Perché sur une statue, Gerard n’a pas fait le voyage pour rien. « Je suis d’ici mais je vis à Valence, je suis venu avec un pote en voiture, on est arrivé il y a 5 minutes, on repart dans la nuit. Ça me file des frissons d’être ici. » Le discours de Puigdemont devait avoir lieu à 18h00, il est finalement repoussé d’une heure. « Il parait que Puigdemont parle avec Juncker ou un dirigeant européen. Tu y crois ? » Trop de supputation, Gerard ne livre aucun pronostic sur ce qui pourrait sortir du discours.

Le Passeig est bien rempli, coloré par les drapeaux catalans. Malgré la nervosité du moment peut-être historique à venir, beaucoup d’optimisme. Rem, originaire d’Andalousie, résidente depuis des décennies en Catalogne est convaincue qu’il ne faut rien lâcher : « Le moindre pas en arrière, ils vont en profiter. Depuis des années on vote des choses et c’est tout le contraire qui se passe en Espagne. J’espère qu’on va aller au bout, je n’ai pas peur. »

Un peu plus loin, Luis arbore une pancarte mal en point disant « le PP (Partido popular, au pouvoir) est aussi mal foutu que cette pancarte. » Pour lui c’est très clair, « le PP a réussi à donner du poids aux indépendantistes et en a augmenté le nombre. » Musicien, il est venu avec d’autres de ses collègues, dont Emmanuel. Parisien et Catalan d’origine, résident à Barcelone depuis 9 ans, il a voté « oui » le 1er octobre. Quand Puigdemont entre dans l’hémicycle, une tension est palpable, qu’Emmanuel résume ainsi : « Ça fait un peu penser à l’élection de Mitterrand en 81. » Les gens se tiennent par la main, les épaules, le moment est solennel et l’attente est un mélange des douze coups de minuit au Réveillon et celui d’un résultat de vote. « Sauf qu’on a déjà voté », s’exclame Txeli, autre musicienne.

Des cris puis des sifflets

Carles Puigdemont monte à la tribune, les premières minutes, toute la place est muette, seuls les deux hélicoptères parasitent le discours. En évoquant à nouveau le vote, et combien les citoyens l’ont rendu possible, la foule applaudit, d’autres agitent les mains (les applaudissements du langage sourd-muet) pour ne rien perdre des mots. Au moment de déclarer l’indépendance, les cris partent. Vite suivis de quelques sifflets quand il annonce la suspendre pour négocier du mieux possible une sortie de crise.

Pas de résignation cependant dans le public. « Il n’a pas donné de délai de négociation. Mais je reste convaincu que c’est la façon la plus raisonnable de gérer les choses actuellement », analyse Emmanuel tandis que ses amis musiciens expriment un léger regret qu’il ne soit pas allé plus loin.

Josep Maria et Guillermo, retraités, sont remontés. Le premier résume : « C’est une déclaration pas une proclamation d’indépendance, donc ce n’est pas effectif. C’est les prolongations et on ne va pas perdre ce match. » Guillermo, lui, se réjouit que le chemin vers un état catalan n’a jamais été aussi proche dans sa vie. « Il faut continuer à soutenir notre Parlement. Cette histoire va finir par la signature d’un pacte je sens. Et Madrid va vouloir nous faire payer sa dette. »

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