VIDEO. Catalogne: Les anti-indépendance se rebiffent à Barcelone

ESPAGNE Entre 350.000 et un million de personnes se sont rassemblées hier pour dire non à l'indépendance. Un soutien populaire qui arrive au bon moment pour le chef du gouvernement...

Antonin Vabre

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Des manifestants anti-indépendance à Barcelone, le 8 octobre 2017.

Des manifestants anti-indépendance à Barcelone, le 8 octobre 2017. — Emilio Morenatti/AP/SIPA

De notre envoyé spécial à Barcelone,

Ce sont bien les couleurs jaune et rouge qui flottaient dimanche à Barcelone. Mais pas accompagnées de l’étoile qui caractérise la estelada, le drapeau catalan. Ce drapeau tant exhibé ces dernières semaines à Barcelone a été remplacé hier par celui à la gloire de la couronne d’Espagne.

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Rien à voir avec la journée du 1er octobre, quand plus de deux millions de personnes s’étaient déplacées pour aller voter à 90 % en faveur de l’indépendance. Ce jour-là, les mossos, la police catalane, avaient été acclamés par la foule pour ne pas avoir utilisé la violence comme la Guardia Civil. « La tortilla s’est retournée », comme disent les Espagnols. Tandis que la police nationale a été acclamée, une fourgonnette des mossos a été chahutée au Parc de la Ciutadella aux cris de « vendus ! » Leur chef en prenait pour son grade dans les chants des manifestants. « Trapero, traître ! »

« Puigdemont, en prison »

Alex, barcelonais pro indépendance, se plaint de la provenance de cette foule. « Pfff, il y en a plein qui ne sont pas d’ici. Evidemment que l’Espagne veut que l’on reste. Mais ce qui est important, c’est l’avis des Catalans. » Si effectivement la Société civile catalane (SCC), organisatrice de cette marche, a affrété 70 bus de toute l’Espagne, la majorité provenait de cette région. Plusieurs défilaient avec le drapeau espagnol et catalan, ou portaient un autocollant comportant ces deux drapeaux et celui de l’Union européenne.

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Carles Puigdemont, président du gouvernement catalan et instigateur du référendum, était évidemment la cible numéro 1 des manifestants : « Puigdemont, en prison ». Surtout, certaines pancartes réclamaient l’application de l’article 155, autorisant Madrid à suspendre le statut d’autonomie dont jouit la Catalogne. Ainsi, les anti-indépendantistes ont donné un appui au Premier ministre espagnol Mariano Rajoy, dont la gestion de la crise est ouvertement critiquée.

Seuls les partis de droite (Partido popular et Ciudadanos) avaient appelé à joindre la marche. Le mouvement indépendantiste s’est redécouvert, leur rassemblement le plus réussi remontait à 2014, il avait alors réuni 40.000 personnes. Parmi les personnalités présentes hier, figurait le prix Nobel de littérature Mario Vargas Llosa, un soutien symbolique de poids.

Les organisations indépendantistes appellent les gens à garder leur énergie

Pour autant, dans une interview à TV3 (chaîne catalane), Puigdemont a affirmé qu’il irait au bout de ce que stipulait la loi du référendum, à savoir qu’il proclamerait l’indépendance. Le tribunal constitutionnel a suspendu la séance du Parlement d’aujourd’hui lors de laquelle il était convenu de passer à l’acte. Puigdemont a demandé à s’exprimer mardi devant le Parlement, afin assurément d’y faire cette Déclaration unilatérale d’indépendance (DUI).

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De son côté, Mariano Rajoy a laissé entendre dans El Pais qu’un « gouvernement de concentration » aiderait - en clair, l’opposition mettrait ses différends de côté et le soutiendrait dans toutes ses décisions. Ce que le Parti socialiste espagnol et Ciudadanos ont rejeté. Dans cette même interview, le Premier ministre a affirmé « qu’aucune déclaration d’indépendance ne prendra forme ».

Les organisations indépendantistes appellent les gens à ne pas manifester et à garder leur énergie pour quand ce sera nécessaire. Elles plaident aussi pour attendre de célébrer l’indépendance dimanche 15 octobre, jour de la commémoration de l’exécution de Lluís Companys, président du gouvernement catalan républicain lors de la Guerre civile, livré à Franco par les nazis. Une symbolique qui déplaira aux anti-independantistes, nombreux hier à rappeler que leur hispanisme ne rime pas avec fascisme.