Il a disparu il y a cinquante ans, mais sa mémoire est toujours vive. Cuba honore dimanche à Santa Clara (centre) la figure légendaire de sa révolution, le guérillero argentin Ernesto « Che » Guevara, tué il y a 50 ans dans le maquis bolivien.

Un hommage différent

Célébrées pour la première fois en l’absence de Fidel Castro, décédé fin 2016, les cérémonies seront présidées par son frère et successeur Raul, dans cette ville située à 300 km à l’est de la capitale cubaine, où sont enterrés les restes du commandant de la Révolution et ceux de ses compagnons d’armes. Autre signe marquant un changement d’époque, ces commémorations interviennent au moment où les dernières guérillas de gauche du continent, en Colombie, rendent les armes (Farc) ou négocient la paix (ELN, fondée en 1964 en s’inspirant précisément du « Che »).

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Comment est mort le «Che» ?

Ernesto Guevara a été exécuté par un soldat bolivien à 39 ans le 9 octobre 1967, mais à Cuba le jour du « guérillero héroïque » est célébré chaque 8 octobre, jour de sa capture dans un obscur hameau andin. Lundi, seront aussi organisées des commémorations en Bolivie en présence des enfants du « Che » et du président Evo Morales qui a accusé cette semaine la CIA d’avoir « persécuté, torturé et assassiné » le « Che » lors de ses 11 mois de guérilla en Bolivie. Le corps du guérillero argentin, jeté dans une fosse en Bolivie, a été découvert et identifié il y a 20 ans avant de retourner en grande pompe à Cuba pour un hommage funèbre national.

Depuis 1997, plus de 4,7 millions de personnes ont visité le mausolée sous-terrain du Che surmonté d’une imposante statue de bronze à Santa Clara, qui le considère comme un fils adoptif depuis qu’il y remporta en décembre 1958 une victoire décisive contre les troupes du dictateur Fulgencio Batista (1952-1958). Et ce dimanche, les hommages se multiplient aussi sur le Toile, notamment sur Twitter où un internaute écrit : "La patrie vous contemple, fière, pour l’anniversaire de la chute au combat du Che.

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Des concerts, images d’archives… et une application

Ces derniers jours, la presse cubaine a publié de nombreux articles et cahiers spéciaux à la gloire du « Che ». A la radio et la télévision cubaine, des concerts symphoniques et des images d’archives lui ont aussi rendu hommage avec des fragments de discours de celui qui fut aussi ministre de l’Industrie du premier gouvernement révolutionnaire cubain. Une application mobile baptisée « Siempre Che » (« Toujours Che »), et consacrée au mausolée de Santa Clara, doit aussi être présentée en marge des commémorations dans ce pays où l’accès à internet est l’un des plus limités au monde.

Jeudi, des milliers d’étudiants ont marché sur les pas du « Che » pour commémorer la bataille de Santa Clara et dimanche, plusieurs dizaines de jeunes doivent rejoindre les rangs des « Pionniers », organisation de jeunesse qui a pour consigne « Pionniers pour le communisme, nous serons comme le Che ».

Sur les pas du « Che »

Ernesto « Che » Guevara est né le 14 juin 1928 à Rosario, au sein d’une famille de la bourgeoisie argentine. Médecin de formation, il parcourt très jeune à vélo et à moto l’Amérique latine où il prend conscience de la misère des plus démunis du continent, et plus particulièrement les communautés indigènes. En 1955, il fait la rencontre de Fidel Castro en exil au Mexique et rejoint les rangs des révolutionnaires cubains dans la guérilla contre Batista. Dix ans plus tard, il s’éloignera de Cuba et des Castro pour mener de nouveaux combats.

« D’autres terres du monde réclament la contribution de mes modestes efforts », écrira-t-il en 1965 à Fidel Castro en prenant congé pour porter l’insurrection en Afrique notamment. Cette lettre se terminait par une phrase devenue célèbre : « Hasta la victoria, siempre » (« Jusqu’à la victoire, toujours ! »). 

« Une figure mythique »

Son image et ses portraits sont omniprésents à Cuba, et plus particulièrement le plus célèbre d’entre eux montrant le jeune guérillero argentin, les yeux farouches, portant béret, blouson et cheveux longs. Mythique, elle a fait le tour du monde, orné les murs de générations d’étudiants et fait aujourd’hui l’objet d’une forte récupération mercantile tout en restant omniprésente dans les manifestations à travers la planète.

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« Certains considèrent Che Guevara comme un martyr de la lutte révolutionnaire (…) d’autres insistent sur son caractère sanguinaire et autoritaire », mais il est devenu « une figure mythique, emblématique de la révolution de la jeunesse et des luttes pour la justice et l’égalité sociale », résume le directeur de l’Institut des recherches cubaines de l’université de Floride, Jorge Duany.