Catalogne: Pourquoi un tel silence de l'Europe sur le référendum ?

RÉFÉRENDUM Alors que les violences policières ont fait de nombreux blessés dimanche en Catalogne, le silence des dirigeants européens sucitent de nombreuses réactions...

Thibaut Chevillard

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Des milliers de Catalans sont descendus dans la rue pour demander le référendum sur l'indépendance de la région, le 20 septembre 2017 à Barcelone

Des milliers de Catalans sont descendus dans la rue pour demander le référendum sur l'indépendance de la région, le 20 septembre 2017 à Barcelone — NICOLAS CARVALHO OCHOA/SIPA

  • Le référendum, interdit par Madrid, a été marqué par des violences policières.
  • Les dirigeants européens ont fait l’objet de critiques pour avoir tardé à réagir.

« #ShameOnEu ». En Français, « Honte à l’Europe ». De nombreux internautes se sont indignés sur les réseaux sociaux du long délai de réaction des autorités européennes à la violente répression espagnole lors du référendum catalan de dimanche. Ce n’est en effet que lundi matin que la Commission a appelé timidement le gouvernement de  Mariano Rajoy et les indépendantistes catalans à « passer rapidement de la confrontation au dialogue », tout en dénonçant l’usage de la violence.

Il était compliqué pour la Commission européenne « de ne pas réagir aux violences policières » qui ont fait de nombreux blessés et dont les images ont fait le tour du monde, explique à 20 Minutes Emmanuelle Reungoat, maître de conférences en sciences politiques à l’université de Montpellier et chercheuse au Cepel. Par ailleurs, il semble « difficile de faire comme si cette revendication n’existait pas et n’avait pas de légitimité ». Mais si la Catalogne obtenait son indépendance, cela constituerait « une situation un peu inédite » face à laquelle « les dirigeants européens n’ont pas forcément envie d’être confrontés ».

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La question est forcément délicate pour les institutions européennes qui ont déjà « beaucoup de dossiers compliqués » à gérer, comme «la crise migratoire ou la relance économique», explique 20 Minutes Bruno Cautrès, chercheur au CNRS et au Cevipof. Cette question, ajoute-t-il, « touche à la souveraineté espagnole en direct ». Il est donc difficile pour leurs représentants « de déclarer autre chose que le fait qu’elles ne connaissent pas d’autres interlocuteurs » que le gouvernement espagnol et qu’elles le soutiennent.

C’est ainsi ce qu’a fait Emmanuel Macron qui a apporté, lundi, lors d’un entretien téléphonique, son soutien au gouvernement espagnol de Mariano Rajoy. Le président français a déclaré « son attachement à l’unité constitutionnelle de l’Espagne », mais s’est bien gardé d’évoquer les violences policières.

« La violence n’est pas la réponse »

Du côté des autres capitales européennes, rares sont celles à être sorties de leur silence. Tandis que le Premier ministre belge, Charles Michel, a affirmé dimanche que « la violence n’est pas la réponse », son homologue slovène a appelé « au dialogue politique » et à des « solutions pacifiques ». Le Première ministre écossaise, Nicolas Sturgeon, a de son côté demandé à l’Espagne de « changer de cap avant quelqu’un ne soit grièvement blessé ».

Pourquoi si peu de réactions ? Déjà, remarque Emmanuelle Reungoat, parce que les chefs d’États européens se connaissent bien et entretiennent d’étroites relations. Ils n’ont donc pas envie de s’ingérer dans la politique intérieure des autres pays. Mais aussi, note-t-elle, parce qu’ils redoutent que d’autres regions demandent à leur tour leur indépendance. Or, cette conception d’une Europe d’Etats nations « va à l’encontre du projet de construction d’une Europe de grandes régions fortes ».

« Un jour triste pour l’Espagne »

Plusieurs personnalités du Parlement européen se sont exprimées pour critiquer les méthodes du pouvoir espagnol. Le chef de file des eurodéputés socialistes, Gianni Pittella, a regretté « un jour triste pour l’Espagne et pour toute l’Europe » tandis que son homologue libéral, le Belge Guy Verhofstadt, a appelé à la « désescalade », après avoir condamné une « violence disproportionnée » de la part des autorités espagnoles.

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Le politologue belge Hendrik Vos estime que la retenue européenne observée jusqu’ici  est liée « au fait que Mariano Rajoy est membre du Parti populaire européen (PPE) » majoritaire au Parlement européen et dont est membre le président de la Commission, Jean-Claude Juncker. Le chef du gouvernement ibérique « a fait savoir qu’aucune médiation n’était nécessaire, ce qui a pesé sur le fait que l’UE a détourné le regard », a-t-il également expliqué à l’AFP. « Mais maintenant, il va y avoir une pression d’Etats membres et aussi de personnalités au sein du PPE » pour qu’une médiation ait lieu. »

Les députés européens ont décidé d'ajouter à leur ordre du jour de mercredi un débat consacré à la situation en Catalogne, marquée par des violences policières lors du référendum d'autodétermination dimanche.