Bien malin qui prédira l’issue de la semaine en Catalogne et ses conséquences sur les rapports entre Madrid et Barcelone. L’unité de façade post-attentat en août a volé en éclats. Le mois de septembre a prouvé combien les dirigeants de la Generalitat [le gouvernement régional] étaient obstinés à aller au bout du référendum pour l’indépendance. A l’inverse le gouvernement central a tenu à démontrer qu’il utiliserait tous les moyens pour empêcher ce plébiscite jugé illégal.

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Un mois de tensions entre Madrid et Barcelone

Rapide retour en arrière. Le 6 septembre, le Parlement catalan vote une loi pour l’autoriser, suspendue dès le lendemain par la Cour constituionnelle. Calendrier bien choisi par les Catalans, le 11 septembre, la Diada, journée festive de cette région, a réuni entre 350.000 (selon Madrid) et 1 million (selon Barcelone) de personnes dans les rues. Un cortège immense répondant aux cris de « Independència ».

Le 20 septembre, Mariano Rajoy, chef du gouvernement espagnol passe à la vitesse supérieure. Il envoie la Guardia Civil s’emparer de 10 millions de bulletins de vote et dans le même temps Josep Maria Jove (secrétaire général à la vice-présidence de la Catalogne) est arrêté avec douze autres haut-responsables. Carles Puigdemont, président de la Generalitat parle « d’état d’urgence imposé ». La maire de Barcelone, Ada Colau, appelle à « baisser la testostérone dans le débat public », mais regrette quelques jours plus tard : « on ne m’écoute pas… »

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Une fracture qui s'accroît

Quand la Guardia Civil est repoussée par les manifestants à Barcelone, ces forces de l’ordre sont applaudies en Andalousie. Certains leur font parvenir du jambon et du vin pour exprimer leur soutien.

Les vidéos de la police acclamée à Huelva ou encore Cordoue aux cris de « Vive l’Espagne ! Vive la police ! », ont enflammé les réseaux sociaux et les appels dans les radios. Contribuant à accentuer la fracture de la Catalogne non seulement avec Madrid mais avec le reste de la péninsule ibérique.

Le parquet général a demandé aux Mossos (police catalane) de sceller les 6200 bureaux de vote et d’empêcher leur tenue dans un rayon de 100 mètres jusqu’au dimanche 21 heures. « Impossible », a répondu Josep Luís Trapero, leur chef. Ni même avec les forces supplémentaires proposées qui impliqueraient que les Mossos passent sous commandement de la Guardia Civil, autre symbole de Madrid dominant la Catalogne. 

Vers un dimanche explosif?

Dans les rues de Barcelone comme dans le reste de la région, les balcons arborent des « Si » [à l'indépendance], les gens s’habillent en rouge et jaune, couleurs de la Senyera, le drapeau catalan, convaincus qu’ils auront le droit d’aller voter. À 7H30 dimanche matin, la situation risque d’être explosive. Même si, jusqu’à présent, aucun débordement ni heurt ne sont à noter.

Si la Catalogne semble isolée du reste de l’Espagne, elle a reçu le soutien des Basques avec une première conséquence non négligeable pour Mariano Rajoy: les députés du parti nationaliste Basque avaient contribué à valider son budget l’an dernier. Ce budget devait être présenté demain vendredi. face à l'incertitude du vote de ces députés, sa présentation a été repoussée. Si aucune solution n’est trouvée d’ici le 1er janvier, le Premier ministre devra convoquer de nouvelles élections législatives. Pas sûr que cela ne suffira à réconcilier Madrid et Barcelone…