EUROPE – Les 27 n'ont pas réussi à se mettre d'accord sur une déclaration commune de reconnaissance...
Lundi, dans le sillage des Etats-Unis, la France, la Grande-Bretagne et l'Italie ont reconnu l'indépendance de l'Etat kosovar, autoproclamée la veille. Mais pas de déclaration commune des 27 pays membres de l'Union européenne. Jean-Yves Camus, chercheur associé à l'Iris (Institut de relations internationales et stratégiques) et spécialiste des minorités en Europe, analyse les raisons de ce silence.
Pourquoi l'Union européenne n'a t-elle pas reconnu de façon claire l'indépendance du Kosovo, en laissant chaque Etat se positionner selon sa volonté?
Rien n'oblige l'Union européenne, en tant qu'institution, à se positionner. Il faut bien se rappeler que pour le moment, l'Europe n'est pas une construction politique réelle. Sur les questions de politique extérieure, elle n'a jamais parlé d'une seule voix. Ce fut le cas pendant le conflit dans les Balkans dans les années 90, comme ce fut le cas avec le dossier irakien.
Les intérêts personnels des Etats priment encore sur la volonté d'une position commune et unie et ce sera le cas tant qu'il n'y aura pas d'exécutif fort à la tête de l'Union européenne. L'Europe politique, notamment la Commission européenne, manque de légitimité démocratique et c'est un véritable frein.
L'action de Javier Solana, le chef de la diplomatie européenne, est donc inutile?
L'unité politique ne peut pas tomber du ciel, elle vient avec le temps. Solana joue son rôle et il le joue bien, mais tant qu'il n'y a pas de construction politique plus avancée, il ne pourra pas faire beaucoup plus. Mais c'est utopique de penser que l'Europe parlera un jour d'une seule voix. Mais l'absence de déclaration commune n'empêchera pas l'Union européenne d'aider financièrement le Kosovo, comme elle le faisait jusque là. Un milliard d'euros seront alloués d'ici à 2010. Javier Solana a souligné que la porte de l'Union européenne n'était pas fermée, pour le Kosovo comme pour la Serbie.
Sans la reconnaissance de l'Union européenne, le Kosovo manque-t-il de légitimité?
Le Kosovo ne va pas manquer de légitimité, car cette indépendance était voulue par une grande majorité de la population kosovare. C'est la juste application du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, la fameuse idée du président Wilson devenue un canon du droit international.
De plus, la majorité des grands pays occidentaux, les Etats-Unis, la France, la Grande-Bretagne , l'Italie, ont reconnu l'indépendance.
En vertu de leurs intérêts particuliers, certains pays ne peuvent pas reconnaître le Kosovo. Chypre, par exemple, ne peut pas valider cette indépendance unilatérale sans craindre que les Turcs de l'île, qui ont pris le pouvoir dans le nord à la faveur d'un coup d'Etat, ne demandent à leur tour d'être reconnus comme indépendants.
Des propos recueillis par Emilie Gavoille