Chine: WhatsApp bloqué avant le Congrès du Parti

HIGH-TECH L'Internet chinois est encadré par une «Grande muraille électronique» qui bloque déjà Facebook, Twitter, YouTube ou Google...

M.C. avec AFP

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L'icône de WhatsApp sur un smartphone à Pékin, en juillet 2017.

L'icône de WhatsApp sur un smartphone à Pékin, en juillet 2017. — Andy Wong/AP/SIPA

Un ralentissement régulier depuis juillet, puis soudain un blocage quasi-total. Les communications via le service de messagerie WhatsApp ont été fortement perturbées en Chine ces derniers jours, signe probable d’un nouveau tour de vis de l’Internet, avant un important Congrès du Parti communiste au pouvoir mi-octobre.

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Nombre d’usagers de WhatsApp en Chine ont fait état d’interruptions sur la populaire application de messagerie rachetée par Facebook en 2014. De tels dysfonctionnements avaient déjà été observés au cours de l’été. « Il semble que la censure que nous avions déjà observée pour les partages de photos, de vidéos et de mémos vocaux sur WhatsApp en juillet a maintenant été étendue aux messages textes », relève Nadim Kobeissi, spécialiste de la cryptographie, sur le site The Verge.

Le cryptage de WhatsApp à l’origine de son blocage ?

Mardi cependant, il était possible d’utiliser WhatsApp pour envoyer des textos et engager des conversations téléphoniques ou vidéo. Mais l’envoi de messages vocaux ou de photos restait impossible.

L’Internet chinois est déjà encadré de façon drastique par une « Grande muraille électronique » qui bloque les réseaux sociaux Facebook et Twitter, YouTube, Google, ainsi que de nombreux médias occidentaux. Mais WhatsApp n’a pas jusqu’à présent subi d’interdiction totale. Pour autant, le système de cryptage auquel WhatsApp se targue de recourir peut le rendre plus compliqué à surveiller, ce qui pourrait expliquer le récent raidissement du géant asiatique.

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Ces nouveaux déboires affectent WhatsApp quelques semaines avant le Congrès quinquennal du Parti communiste, convoqué le 18 octobre, une réunion décisive où sera largement remaniée l’équipe dirigeante. Or, Pékin intensifie habituellement la censure de l’internet avant les importants événements politiques ou anniversaires « sensibles ».

Les conversations sur WeChat facilement accessibles par les autorités

Certes, la messagerie téléphonique WeChat, du géant du Web chinois Tencent, reste de loin la plus populaire dans le pays, avec ses centaines de millions d’utilisateurs revendiqués. Mais WeChat reste strictement soumis aux exigences de la censure chinoise et nombre de dissidents utilisent volontiers WhatsApp, jugé plus sécurisé et moins contrôlé, pour communiquer entre eux ou avec des contacts à l’étranger.

« A mesure qu’approche la date du Congrès, les autorités vont imposer une censure draconienne. Or, tout le monde sait que WeChat n’offre aucune sécurité », explique Hu Jia, militant des droits de l’homme basé à Pékin. Le contenu des conversations et l’identité des usagers de WeChat sont notoirement faciles d’accès pour les autorités.

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« Du coup, d’autres dissidents et moi préférons communiquer par WhatsApp quasiment 70 % du temps », insiste Hu Jia. « Résultat : ces derniers jours où WhatsApp était complètement inaccessible, nous n’avons pas du tout discuté. »

Mais le récent durcissement entravait également les communications d’entrepreneurs avec leurs clients à l’étranger. « Gmail, Facebook, Viber étaient déjà bloqués, et maintenant WhatsApp ? Sans bons outils de messagerie, cela va réduire l’efficacité de notre commerce international », déplorait un blogueur sur la plateforme de micro-blogs Weibo. Contacté par l’Agence France Presse (AFP) en Californie, WhatsApp s’est refusé à tout commentaire.