Législatives allemandes: Courageuse, intelligente, normale… Angela Merkel vue par les députés français

ALLEMAGNE La chancelière allemande est favorite pour enchaîner un quatrième mandat à la tête du pays, dimanche, à l’issue des élections législatives…

Vincent Vantighem

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Regensburg (Allemagne), le 18 septembre 2017. Angela Merkel lors d'un meeting pour les élections législatives.

Regensburg (Allemagne), le 18 septembre 2017. Angela Merkel lors d'un meeting pour les élections législatives. — Christof STACHE / AFP

  • Les Allemands sont appelés aux urnes pour les législatives, dimanche.
  • Après trois mandats, Angela Merkel est la favorite de ce scrutin.
  • Plusieurs députés français membres de l’ancien groupe d’amitié franco-allemande à l’Assemblée nationale louent son action à la tête du pays depuis 2005.

Gérard Bapt se marre. « Moi aussi, j’ai fait quatre mandats et on n’en fait pas tout un plat ! » Sauf que ce n’est pas dans la deuxième circonscription de Haute-Garonne qu’Angela Merkel se présente aujourd’hui, en grande favorite. Au pouvoir depuis 2005, la chancelière (CDU, conservatrice) devrait enquiller un quatrième règne à la tête de l’Allemagne, dimanche, à l’issue des élections législatives.

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Membre de l’ancien groupe d’amitié franco-allemande à l’Assemblée nationale, l’ex-député PS Gérard Bapt commence par citer le côté « fruste » et « rude » de celle qui affectionne la soupe à la patate et la randonnée quand on l’interroge. Mais il reconnaît aisément son intelligence politique. « Angela Merkel a su composer avec les sociaux-démocrates. Et regardez comment ils sont isolés aujourd’hui. Ils n’arrivent pas à sortir de son orbite… »

Merkel ou le « désir ardent de normalité »

Principal challenger face à « Mutti » (« maman » en allemand) lors de ces législatives, Martin Schulz a adhéré, à sa manière, à l’analyse de Gérard Bapt. Indiquant qu’il se représenterait à la tête du parti social-démocrate en cas de défaite, il a déjà fait comprendre à tout le monde que celle-ci semblait inévitable.

Sans doute parce qu’Angela Merkel incarne la stabilité si chère outre-Rhin. Celle qui répond comme personne « au désir ardent de normalité », comme le décrypte le philosophe Peter Sloterdijk. « Et puis, lâche l’ancien député (PS) Razzy Hammadi, les Allemands sont d’abord soucieux du dynamisme économique. Et avec Merkel, ils savent qu’ils ne seront pas déçus… »

Le coup de poker de l’accueil des migrants

Le pays demeure encore la principale puissance économique européenne et le troisième exportateur mondial derrière les États-Unis et la Chine. Mais l’avenir est plus incertain : l’industrie automobile, empêtrée dans le scandale du diesel, souffre et la population active vieillit inéluctablement depuis deux décennies.

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C’est aussi pour cela qu’Angela Merkel a accepté, ces dernières années, d’accueillir un million de migrants à l’intérieur de ses frontières. Pour redynamiser son pays, elle a pris un gros risque politique. C’est donc son « courage » que retient d’abord Philippe Folliot, le député (LREM) du Tarn, vice-président du groupe d’amitié franco-allemande jusqu’en juin dernier.

« Un mauvais mandat, c’est long… »

« Quand on voit toute l’histoire chez nous pour accueillir 25.000 ou 30.000 réfugiés… C’est une vraie leçon d’humanité qu’Angela Merkel nous a donnée », indique le député qui ne peut s’empêcher de citer Emmanuel Macron comme étant le seul « à être dans cette même lignée ».

Mais la Constitution ne permettra pas à Emmanuel Macron d’enchaîner, comme son homologue allemande, quatre mandats à la tête de la France. Razzy Hammadi le regretterait presque. « Le monde change vite, très vite même. Mais je pense que dans ce cadre, on a plus que jamais besoin de stabilité, en réalité… » Et puis, comme le conclut Philippe Folliot, plus prosaïque : « Un mauvais mandat, c’est long ! Mais quatre bons mandats, c’est court… »