Crise des Rohingyas: Aung San Suu Kyi, critiquée de toutes parts, doit sortir de son silence mardi

DIPLOMATIE Bien que sous le feu des critiques internationales, Aung San Suu Kyi continue d’afficher son soutien à l’armée dans son opération contre les « terroristes »…

20 Minutes avec AFP

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Aung San Suu Kyi, leader birmane de fait, est très critiquée pour sa gestion de la crise des Rohingyas.

Aung San Suu Kyi, leader birmane de fait, est très critiquée pour sa gestion de la crise des Rohingyas. — ROMEO GACAD / AFP

Elle est sous le feu des critiques de la communauté internationale pour son silence sur le sort de la minorité rohingya. La dirigeante birmane Aung San Suu Kyi a annulé un déplacement à l’Assemblée générale des Nations unies alors que l’ONU a récemment affirmé que  cette minorité musulmane du pays était victime d’un « nettoyage ethnique » et réunit son Conseil de sécurité mercredi sur ce dossier.

Pressée de s'exprimer par la communauté internationale, mais devant maintenir un précaire équilibre dans ses relations avec la très puissante armée birmane, Suu Kyi prononcera finalement, mardi 19 septembre, un discours télévisé sur la situation au Rakhine, ont annoncé ses services. Lors de son seul commentaire officiel sur cette crise, la cheffe du gouvernement birman avait dénoncé un «iceberg de désinformation» sur les Rohingyas et défendu l'action de l'armée.

D’après les derniers chiffres des Nations unies mercredi, plus de 379 000 Rohingyas se sont réfugiés au Bangladesh depuis fin août, pour fuir une campagne de répression de l’armée birmane, consécutive à des attaques de rebelles rohingyas. Quelque 60 % d’entre eux sont des enfants. Et des milliers d’autres seraient toujours sur les routes.

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Des réfugiés arrivent au Bangladesh épuisés, démunis, affamés

Les réfugiés arrivent au Bangladesh épuisés, démunis, affamés, après des jours de marche sous la pluie. Autorités locales et organisations internationales peinent à prendre en charge cette marée humaine, d’une ampleur sans précédent pour ce conflit.

Le fleuve Naf, qui marque une frontière naturelle entre les deux pays, continue de charrier des cadavres : sept nouveaux corps, dont des enfants, ont été retrouvés échoués sur la rive mercredi par les autorités bangladaises. Certaines dépouilles portaient des traces de balles. Depuis le début des troubles, près de 100 personnes ont péri noyées en tentant de passer au Bangladesh.

Suu Kyi « nous avait promis la paix, mais nous ne l’aurons jamais »

L’an dernier, à la tribune de cette Assemblée générale, la Prix Nobel de la paix, qui dirige de facto le gouvernement birman depuis avril 2016, s’était engagée à soutenir les droits de la minorité musulmane. Elle avait promis de « s’opposer fermement aux préjugés et à l’intolérance » et de promouvoir les droits de l’homme, tout en demandant à la communauté internationale de se montrer « compréhensive et constructive ». Suu Kyi « nous avait promis la paix, mais nous ne l’aurons jamais. Nous avons été et continuerons sans cesse à être persécutés », a déploré un réfugié Rohingya qui vit depuis vingt-cinq ans au Bangladesh.

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Mais cette nouvelle crise est au contraire « un exemple classique de nettoyage ethnique », caractérisé par « exécutions », des « tirs sur des civils en fuite » et des incendies de villages, d’après le Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme. La réunion, à huis clos, du Conseil de sécurité s’annonce divisée : la Chine, qui est le premier investisseur étranger en Birmanie, a réitéré son « soutien » à Naypyidaw et loué « ses efforts pour préserver la stabilité de son développement national ». « Nous espérons que le Conseil de sécurité va prenpre des décisions substantielles et notamment un embargo sur les armes », a déclaré Phil Robertson de Human Rights Watch.

Traités comme des étrangers dans ce pays d’Asie du Sud-Est, bouddhiste à plus de 90 %, les Rohingyas sont apatrides, même si certains vivent là depuis des générations. Ils sont victimes de multiples discriminations : travail forcé, extorsion, restrictions à la liberté de mouvement, règles de mariage injustes et confiscation des terres.

Le rôle des bouddhistes extrémistes

Plusieurs Prix Nobel de la paix, Malala Yousafzai et l’archevêque sud-africain Desmond Tutu puis le dalaï-lama, admiré par Aung San Suu Kyi, l’ont appelée à intervenir. Mais la tâche d’Aung San Suu Kyi est compliquée par la montée des bouddhistes extrémistes ces dernières années. Et surtout par la grande autonomie de l’armée birmane, qui reste toute-puissante dans cette zone de conflit et tient les rênes de trois ministères importants : l’Intérieur, les Frontières et la Défense. « Aung San Suu Kyi doit parler, c’est un impératif moral pour elle », a estimé Phil Robertson, ajoutant que « ce n’est pas seulement sa réputation internationale qui est en jeu, mais aussi son statut vis-à-vis de l’armée ».

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La cause des Rohingyas a trouvé ces derniers jours un écho particulier dans le monde musulman, où les images présentées comme des exactions de l’armée birmane sont largement partagées sur les réseaux sociaux. Mardi, le guide suprême iranien Ali Khamenei a estimé que leur sort marquait « la mort du prix Nobel de la paix ».