« Rien n'empêchera le soleil de briller sur le Liban », crache un mur de hauts-parleurs sous la pluie. Hier, entre 500 000 et un million de Libanais ont manifesté à Beyrouth pour commémorer le troisième anniversaire de l'assassinat de l'ex-Premier ministre Rafic Hariri, et pour crier leur attachement à l'indépendance du pays face à la Syrie, son ancien tuteur.
Dans la foule, les parapluies le disputent aux drapeaux. « Je suis venu aujourd'hui pour manifester en faveur de l'unité du Liban, pour l'élection d'un nouveau président [le pays n'en a plus depuis fin novembre à cause de divergences politiques] et pour soutenir l'armée, explique Marwan, un jeune Druze drapé de rouge et bleu.
Près de la statue des Martyrs, les manifestants pataugent dans la boue, brandissent leurs drapeaux ou font une pause en mangeant des sandwichs. De leur côté, les forces de l'ordre montrent les muscles. Elles ont dressé des fils de fer barbelés pour éviter tout contact entre les manifestants du 14 Mars (la majorité parlementaire antisyrienne) et les opposants fidèles au général Aoun (allié au Hezbollah, soutenu par la Syrie et l'Iran) qui poursuivent leur sit-in depuis décembre 2006. Partout en ville, l'armée contrôle les grandes artères, les camions de transport de troupes vrombissent. Vers 13 h, la foule se disperse alors qu'une autre, dans la banlieue sud de Beyrouth, afflue pour les obsèques d'Imad Moughnieh, le membre du Hezbollah assassiné à Damas mardi et érigé en « martyr ». Là-bas, le Parti de Dieu fait l'étalage de sa puissance et de son organisation. Son chef, Hassan Nasrallah, a déclaré hier « une guerre ouverte » à Israël, qu'il accuse du meurtre de Moughnieh. « Je ne sais pas combien de temps ces deux Liban vont coexister, remarque Nour, une ex-partisane du 14 Mars plutôt désabusée. Nous n'avons vraiment rien en commun... »
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