RUSSIE - Le futur ex-président russe a tenu une conférence de presse marathon: il confirme qu'il deviendra Premier ministre si son dauphin désigné remporte la présidentielle de mars...
Poutine restera au pouvoir. Et pas pour faire de la figuration. C’est le message essentiel à retenir de sa traditionnelle conférence de presse annuelle. Dans un show-marathon de plus de quatre heures et demie, il a affirmé aux plus de mille journalistes russes et étrangers venus l’interroger qu’il ne faisait que leur dire au revoir, puisqu’il a confirmé qu’il deviendrait Premier ministre en cas d’élection, quasi-certaine, à la présidence de son dauphin, Dmitri Medvedev. Ce qu'il faut retenir de ce discours.
Après les nombreux changements de scénarios de ces derniers mois, peut-on être sûr que Vladimir Poutine deviendra Premier ministre?
En décembre, dès sa nomination comme candidat officiel à la succession de Vladimir Poutine, Dmitri Medvedev avait immédiatement demandé à celui-ci de devenir son Premier ministre une fois élu. Le chef du Kremlin avait mollement accepté et depuis, il n’en avait plus été question.
Montré tous les jours sur les grandes chaînes de télévision russes, le dauphin avait pris de la carrure et atteint jusqu’à 80% d’intentions de votes dans les sondages, alors que son mentor n’avait obtenu « que » 71,2% lors de sa réélection en 2004. Peut-être l’un des motifs pour cette reprise en main du président.
Quelle sera la séparation des pouvoirs entre lui et le nouveau président, Dmitri Medvedev?
De nombreux indices dans le discours de Vladimir Poutine laissent à penser qu’il restera le véritable dirigeant du pays. Tout en délimitant en quelques traits les pouvoirs du futur président, il a rappelé à un journaliste russe qui lui demandait s’il ne se sentirait pas diminué en tant que numéro deux, que le gouvernement était «le pouvoir exécutif suprême», et qu’il lui reviendrait donc de s’occuper de l’économie, de la défense, de la santé, de l’éducation de la politique économique internationale.
En bref, de tout. Dmitri Medvedev se bornant à être «le garant de la constitution» – une constitution que Vladimir Poutine a respectée, il est vrai, en ne se représentant pas pour un troisième mandat – et à donner les « grandes priorités » pour le pays.
Des priorités que le président russe a lui-même établies la semaine dernière, en présentant un «plan de développement de la Russie jusqu’en 2020» devant des délégués de toutes les régions du pays. Il semble désormais clair qu’il compte lui-même mettre ce plan en œuvre.
La politique de la Russie restera-t-elle donc la même?
A part cette annonce, rien de bien nouveau dans le discours de Vladimir Poutine. Affirmation de la Russie sur la scène internationale, défense de ses intérêts économiques, développement de la recherche et lutte contre la corruption: toutes priorités maintes fois mises en avant par le président russe. On a pu sentir cependant une volonté d’apaisement envers l’Europe et les Etats-Unis.
Jamais avare de formules percutantes et de piques à l’encontre de ses partenaires occidentaux, il a cependant plusieurs fois répété que la Russie «ne cherchait pas la confrontation» avec les autres puissances mondiales – une affirmation qui finalement se vérifie sur le terrain.
Emmanuel Guillemain d'Echon, à Moscou