DECRYPTAGE – Mardi, le gouvernement australien s’est excusé auprès des populations aborigènes, pour les injustices et les mauvais traitements cautionnés depuis des décennies par l’Etat…
«Pardon».
Un seul mot prononcé par le Premier ministre Kevin Ruud. Un pardon pour les tentatives d’assimilation, les mises à l’écart, le racisme ordinaire. Pour les représentants des Aborigènes, cet acte est vécu «comme la chute du mur de Berlin».
Qui sont les Aborigènes?
Les Aborigènes sont les premiers habitants de l’Australie qui s’y seraient installés il y a plus de 40.000 ans. Les colons anglais ne remarquent leur présence que dans les années 1820, près de 40 ans après la découverte de l’île. S’ensuivent de longues décennies de déni de l’existence du peuple aborigène. Avant 1967, ils n’étaient pas reconnus par l’Etat comme citoyens australiens et n’avaient donc aucune existence légale.
Ils forment aujourd’hui la communauté la plus défavorisée d’Australie, qui compte quelque 470.000 individus, soit moins de 2% de la population nationale.
L’espérance de vie des Aborigènes est inférieure de 17 ans à celle de la moyenne des Australiens blancs. Victime d’une forme d’apartheid social, la minorité est confrontée à des taux de chômage, des taux d’alcoolisme, de suicides et de violences bien supérieures à la moyenne nationale.
Quels sont les mauvais traitements subis par les Aborigènes?
Un rapport d’enquête révélait en 1997 les mauvais traitements, les sévices et les atteintes physiques subis par les Aborigènes. Il accusait le pouvoir australien d’avoir pratiqué à l’encontre des premiers habitants de l’île une politique de «génocide» et condamnait les tentatives d’assimilation forcée, notamment celles pratiquées sur les «générations volées».
L’expression désigne plusieurs milliers d’enfants autochtones retirés de force à leurs familles entre les années 1910 et 1970 pour être élevés dans des foyers et institutions à des fins d’assimilation. C’est à ces «générations volées» et à leurs descendants qu’étaient adressées, en premier lieu, les excuses officielles.
Pourquoi les excuses ont-elles été si tardives?
Le prédécesseur de Kevin Ruud, le conservateur John Howard, s'était contenté de formuler des excuses à titre personnel. Une manière de contourner la question du dédommagement des victimes et de leurs familles, qui pourrait coûter très cher à l’Etat australien, s’il décidait de s’y soumettre.
Quelles seront les conséquences politiques de ces excuses?
Depuis plusieurs années, de nombreuses protestations s’élevaient, non seulement parmi la communauté aborigène mais aussi parmi la population blanche, pour demander une reconnaissance officielle des souffrances subies.
En 2000, lors de l’inauguration des jeux Olympiques de Sidney, c’est l’athlète aborigène Cathy Freeman qui avait allumé la flamme olympique. Un geste symbolique, qui avait suscité l’émotion et mis sous le feu des projecteurs internationaux la cause aborigène.
Après le pardon, pourrait s'ouvrir une nouvelle ère: celle de la réconciliation de la nation australienne.
Emilie Gavoille