• La tempête Harvey a déjà fait au moins huit morts aux Etats-Unis.
  • Les services météo évoquent des intempéries « sans précédents ».
  • Eau chaude dans le golfe du Mexique, à proximité de l’équateur, des conditions qui favorisent l’apparition de cyclones.

Aéroports et autoroutes fermés, habitants secourus par bateau : Houston, la quatrième ville américaine, subissait dans la nuit de dimanche à lundi des inondations « sans précédents » causées par la tempête Harvey. Le phénomène météorologique, qui a déjà fait au moins huit morts, est le pire ouragan à frapper les Etats-Unis depuis Katrina, qui avait provoqué une catastrophe humanitaire avec plus de 1 800 morts en 2005.

L’état d’urgence a été décrété en Louisiane et l’état de catastrophe naturelle au Texas, alors que des milliers de sauveteurs, pompiers, policiers, gardes-côtes, 3 000 membres de la garde nationale et de simples volontaires, appuyés par vingt hélicoptères, étaient mobilisés pour sauver des gens de la montée des eaux, parfois fulgurante. Débordés, les services d’urgence ont appelé les habitants à grimper sur les toits de leurs maisons pour être vus par les hélicoptères de secours, quand ils ne sont pas évacués par des moyens plus rudimentaires. Et ce n’est pas fini : le Texas devrait encore être confronté ce jour à des pluies torrentielles et des « inondations catastrophiques », selon le National Weather Service (NWS), car Harvey, rétrogradé en tempête tropicale, fait quasiment du surplace.

Les services météo évoquent des intempéries « sans précédents » dont « les conséquences ne sont pas encore connues ». Pour Hervé Le Treut, climatologue membre de l’Académie des sciences, professeur à l’université Pierre-et-Marie-Curie et directeur de l’Institut Pierre-Simon-Laplace (IPSL), il est indispensable de « miser sur une meilleure prévention » de ces phénomènes climatiques.

Katrina en 2005, Harvey aujourd’hui, et, entre-temps, d’autres tempêtes et ouragans ont frappé le sud des Etats-Unis. Pourquoi la région est-elle autant touchée par ces phénomènes météorologiques ?

Il y a toute une diversité de mouvements météorologiques qui peuvent expliquer cela. Parmi les facteurs principaux, il y a le fait que le sud des Etats-unis se trouve dans la zone intertropicale, une bande qui borde l’équateur et où les eaux des océans sont très chaudes. Or, les cyclones se produisent fréquemment là où les eaux sont à 27 ou 28 °C, dans des zones un peu à l’écart de la ligne de l’équateur : c’est pourquoi le sud des Etats-Unis est si propice à ce type de phénomènes et connaît autant de cyclones, qui parfois dégénèrent en gros ouragans dévastateurs.

En matière de puissance et de violence des événements, Harvey est-il comparable à Katrina ?

Harvey est moins puissant que Katrina. Il est passé en catégorie 4 (sur une échelle de 5) avant d’être rétrogradé en tempête tropicale de catégorie 1. Mais il a déjà fait des dégâts considérables et n’a pas fini d’en faire. Katrina reste à ce jour l’ouragan le plus dévastateur qu’ait connu la région depuis de nombreuses années. Sur le plan météorologique, il était d’une intensité bien supérieure, classé en ouragan de catégorie 5 assez longtemps et avec des vents beaucoup plus forts. Mais ce sont des phénomènes d’une ampleur exceptionnelle. Harvey et Katrina ont tous deux en commun d’être des monstres météorologiques.

De telles catastrophes naturelles sont-elles vouées à se multiplier ?

Il y a beaucoup de cyclones, mais il est peu fréquent qu’ils atteignent l’ampleur d’Harvey ou de Katrina. En revanche, il y a un large consensus sur le fait que nous sommes au début du changement climatique, ce qui peut avoir à terme un effet sur la multiplication de phénomènes d’ampleur. Toutefois, des ouragans tels qu’Harvey sont rares, ils sont donc plus difficiles à constater et étudier, puisque, par définition, ce sont des phénomènes locaux qui se répètent peu. On n’est donc aujourd’hui pas capables de faire des simulations et des prévisions à long terme sur la fréquence des ouragans. Pour l’instant, les prévisionnistes ne peuvent voir arriver ces événements que quelques jours à l’avance. Mais on sait d’ores et déjà que le facteur de risques est suffisamment important pour miser sur une meilleure prévention et renforcer le principe de précaution.

Comment peut-on mieux se préparer à de tels phénomènes ?

En tirant les enseignements du passé. Aujourd’hui, on sait que si Katrina a eu des conséquences dramatiques, c’est pour partie à cause du lac Pontchartrain (le plus grand de Louisiane). Ses digues ont cédé parce qu’elles étaient mal entretenues, et La Nouvelle-Orléans a été plongée sous les eaux. Cela faisait pourtant plusieurs années que des voix s’élevaient pour réclamer la consolidation des digues.

Ce qui témoigne de la nécessité d’agir largement en amont, à l’image du travail accompli par les sismologues qui ont réussi à instaurer dans les zones sismiques des systèmes d’alerte systématique. Les populations sont donc extrêmement bien préparées aux protocoles de protection et d’évacuation et aux normes sismiques pour les constructions. Pour ce qui est des ouragans, il faut penser de la même manière en matière d’urbanisme, face aux vents forts et à la montée des eaux, à des lieux destinés à l’accueil des populations et à des protocoles d’évacuation. Cela ne doit plus être laissé pour ainsi dire au hasard.