Des élèves de maternelle «radicalisés» en Belgique... Pourquoi ce n'est pas si simple

EDUCATION Les spécialistes appellent à la prudence...

Nicolas Raffin

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Ecole maternelle (illustration).

Ecole maternelle (illustration). — WITT/SIPA

  • Des élèves de maternelle en Belgique ont mimé des gestes d’égorgement.
  • Plusieurs médias évoquent leur « radicalisation ».
  • Le terme est pourtant à manier avec précaution.

C’est un rapport interne qui a déclenché la polémique. En Belgique, une école maternelle située à Renaix (Flandre orientale) est devenue le centre de l’attention des médias. D’après un document dévoilé par le journal Het Laatste Nieuws, plusieurs enfants de maternelle (3 à 6 ans) avaient des comportements inquiétants : gestes d’égorgement mimés, insultes et menaces à l’égard d’autres enfants.

Très vite, les premiers articles évoquant la « radicalisation » islamiste des jeunes élèves sont apparus. Pour autant, si le phénomène peut être observé chez des adultes ou des adolescents, plusieurs spécialistes appellent à utiliser ce terme avec prudence étant donné l’âge des enfants.

« C’est comme dire que tous les enfants qui jouent à la guerre finissent par faire le djihad »

Interrogée par La Libre Belgique, Christine Cobut, une psychologue, rappelle qu’entre trois et six ans, on fonctionne beaucoup « par imitation » : « L’enfant en maternelle a parfois des propos très durs, mais il n’est pas toujours conscient de ce qu’il dit. »

Pour Laure Sourmais, responsable du pôle protection de l’enfance à la CNAPE (fédération des associations de protection de l’enfant), il est dangereux d’employer ce terme de radicalisation dans ce cas précis. « C’est comme dire que tous les enfants qui jouent à la guerre finissent par faire le djihad, explique-t-elle à 20 Minutes. Cela me rappelle le plan de prévention de la délinquance [Nicolas Sarkozy voulait détecter les troubles du comportement dès la maternelle, l’idée a finalement été abandonnée] ».

Quels moyens d’actions ?

Selon la spécialiste, au lieu de se focaliser sur les comportements des enfants, il faudrait plutôt se concentrer sur la famille. « Il se passe peut-être des choses à la maison, et dans ce cas cela relève de l’accompagnement » affirme-t-elle. En France, un suivi peut par exemple être imposé aux parents, via l’action éducative en milieu ouvert (AEMO), décidée par le Juge des enfants.

Du reste, Dirk Moulart, le directeur du groupe scolaire de Renaix, a tenu à relativiser le nombre d’enfants ayant des attitudes choquantes. « [Le problème] porte sur 6 enfants qui viennent de trois familles connues par la police de Renaix. Ce qui fait 1 % du nombre total d’enfants [scolarisés] » a-t-il expliqué au journal Het Laatste Nieuws.