Attentats en Catalogne: Les musulmans redoutent une Espagne moins tolérante

ESPAGNE Dans les jours suivant les attaques terroristes de nombreux musulmans ont exprimé leur émotion et espèrent que l'harmonie entre communautés religieuses ne sera pas brisée...

20 Minutes avec AFP

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Le 19 août 2017, à Barcelone, une jeune fille brandit une pancarte : «Nous sommes musulmans, pas terroristes.».

Le 19 août 2017, à Barcelone, une jeune fille brandit une pancarte : «Nous sommes musulmans, pas terroristes.». — LLUIS GENE / AFP

« Ils ne sont pas musulmans, ils sont terroristes », « L’islam c’est la paix », scande un groupe d’une centaine de musulmans sur les Ramblas, l’allée touristique de Barcelone endeuillée par une attaque terroriste jeudi. Certains ont déposé une couronne de fleurs pour rendre hommage aux victimes, tous sont là pour condamner les attentats.

Marzouk, un Marocain de 39 ans est venu avec sa fille. Les yeux humides, il se dit « submergé par la tristesse ». « J’ai passé plus de temps ici que dans mon pays. Mes enfants sont scolarisés ici et je ne veux pas qu’on les regarde de travers à cause de ces barbares », s’inquiète-t-il.

« Les Espagnols nous font nous sentir chez nous »

Dans le quartier de Raval à Barcelone, l’imam Raja Miah a croisé moins de fidèles depuis les attentats en Catalogne. « Les gens ont vraiment peur », glissait samedi ce jeune religieux de 23 ans, installé dans la ville depuis neuf ans. « Les Espagnols nous traitent bien, ils nous aident, ils nous font nous sentir chez nous », assure-t-il. Mais juste après l’attentat, jeudi, il a senti que quelque chose avait changé.

En entendant la panique entraînée par le passage de la camionnette conduite par un terroriste, il a tenté de quitter le quartier, mais la police l’a arrêté pour un contrôle. « C’est normal, ils ont vu ma barbe, ma tunique, ils m’ont fouillé. Tu te sens mal », confie-t-il.

Hausse des actes islamophobes

La communauté musulmane en Espagne avait la sensation jusqu’à présent de vivre dans une petite oasis d’entente, d’harmonie entre les communautés religieuses. D’ailleurs, de l’autre côté des Pyrénées, les partis d’extrême droite sont isolés. Seuls 4 % des citoyens estiment que l’immigration constitue un problème, selon les études d’opinion du Centre de recherches sociologiques (CIS).

Mais après la vague d’attentats commis par Daesh en Europe, le nombre d’actes islamophobes a tout de même flambé, passant de 48 à 534 entre 2014 et 2015, selon la Plateforme citoyenne contre l’islamophobie.

« Non aux racistes ! »

Mounir Benjelloun, président de la Fédération espagnole des groupes religieux islamiques, préfère rester optimiste : « Je pense que l’Espagne saura faire la part des choses et ne pas nous assimiler aux coupables, afin que le message xénophobe ne se répande pas. »

Vendredi, à Barcelone, quand une vingtaine de militants islamophobes ont tenté de manifester sur les Ramblas, des passants les ont repoussés en criant « Non aux racistes ! »