De notre envoyé spécial sur place à Barcelone,

Cette année, le quartier de Gracia au-dessus de la Plaça Catalunya célèbre les deux ans de ses fêtes annuelles. Ce bicentenaire sera marqué par les attentats qui ont meurtri la ville.

« Pas de concert, pas de défilé pyrotechnique, pas de spectacle de tours humaines. Certains disaient qu’il fallait tout annuler, je le comprends mais si tu veux mon avis, ça m’emmerde. C’est la première fois dans ma vie qu’on annule ça. » Miguel, 60 ans, habitant de toujours du quartier l’a mauvaise. Bien sûr, le public se prend en photo devant les représentations de SOS Fantômes, thème de la Carrer (Rue) Puigmarti. Un Bibendum de six mètres en polystyrène accueille les gens entre autres représentations du film des années 80.

>> A lire aussi : Attentats en Catalogne: «On savait que cela arriverait un jour»... A Barcelone, après l'attaque, la résignation

« Ils nous ont volé la fête »

À Gracia, c’est une tradition, chaque année pendant une semaine à partir du 15 août, les associations de rues se tirent la bourre pour les décorer du mieux possible. Tout est fait avec du matériel recyclé et le résultat est spectaculaire. On trouve parfois une énorme statue en carton. King Kong, Lénine, un dragon,…

« Ils nous ont volé la fête », pose Dani, 31 ans, dépité. Son allée à lui, c’est Travessia de Sant Antoni. Ambiance sports d’hiver ; avec les cinquante autres socios, ils ont recréé un univers de pistes de ski. Télésièges, chalet-buvette, il arrive la nuit que les passants prennent de la fausse neige sur la tête. Avec des volontaires, ils ont été jusqu’à 80 pour tout monter, passant une nuit blanche avant l’ouverture de la fête. C’est le fruit d’un travail sur toute l’année.

« C’est tout ce qui peut amener une grande foule qui est annulé »

Cette rue est annoncée comme favorite pour remporter le concours. Le résultat devait être donné jeudi prochain à 18 heures. Les gens comme les festivités sont chamboulés. Les trois jours de deuil national sont respectés. Le trentenaire poursuit : « Ce qui m’a fait un déclic, m’a remis dedans, c’est quand j’ai vu le public venir et prendre des photos de notre rue, du travail qu’on a accompli. »

« C’est exactement ça, renchérit son compère Toni, on se rend compte qu’on fait cela aussi pour nous, mais surtout pour que le public vienne faire la fête. Que tout le monde passe du bon temps. » Duna, autre membre de l’association poursuit. « Le cœur des fêtes de Gracia, c’est ce concours de décoration de rues. Il y a une compétition entre nous, mais une compétition saine. Elle pousse à ce qu’on donne le meilleur de nous-mêmes. Cette année on va essayer d’en profiter différemment. »

Dans la rue Maspons, l’association de voisins s’est regroupée pour une paella géante. Carrer Perill, en revanche, Lina tient une buvette déserte. « Normalement le samedi on l’aurait fermée à 3 heures du matin, ce soir on va arrêter à 22 heures. Par contre, comme ailleurs, on a gardé toutes les animations pour les enfants l’après-midi. Le dessin, les jeux, le goûter. » Les rues se sont entendues pour fermer plus tôt. « En fait, c’est tout ce qui peut amener une grande foule qui est annulé », précise Joan à côté d’elle.

« On va se limiter aux jeux de piscines pour les enfants »

>> A lire aussi : Attentats en Catalogne: Les touristes hésitent à poursuivre leurs vacances ou à plier bagage

Un des grands moments chaque été, c’est le concours de castellers, les tours humaines, Place Vila de Gracia. Albert, un membre d’une de ces écoles reconnaît qu’il vaut mieux ne pas prendre de risques. « Pour notre tour, nous sommes 300 ! Avec les autres écoles et les spectateurs, on arrive facilement à 5.000 personnes sur la place. Cette année, on va se limiter aux jeux de piscines pour les enfants. »

Carrer Libertat, décorée en rouge pour le royaume de Lucifer, un concert intimiste a lieu. Tandis que résonne la Valse à mille temps de Jacques Brel, Jordi danse avec sa compagne. Il tente de passer outre les conséquences que cela aura sur chaque association. « Je pense que par rapport à ce qu’on espérait on va perdre 60 à 70 % sur la caisse. Ce sera dur pour certains l’an prochain. On risque de faire moins grand. » À peine sa phrase finie, il court retrouver un de ses amis dans la piscine gonflable au milieu de la rue. Peut-être le besoin de s’amuser comme un enfant.