Le décor fait rêver. Entre ses palmiers et sa plage ensoleillée, c’est le genre d’endroit où auraient pu se tourner Les Bronzés ou Les Sous-doués en vacances. Pourtant, la petite ville de Cambrils a refait parler d’elle pour une raison macabre. C’est dans cette petite station balnéaire qu’a eu lieu le deuxième attentat dans la nuit de jeudi à vendredi, faisant un mort en plus des terroristes vite neutralisés par la police.

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« Refait » car la localité catalane avait été liée à l’attaque terroriste majeure de l’histoire : le 11 Septembre. C’est à Cambrils, en effet, que le chef du commando suicide, Mohamed Atta, et le cerveau de l’opération, Ramzi Bin al-Shibh, s’étaient réunis pour programmer l’attaque du World Trade Center.

Tout près des nudistes

Tout au long des 120 kilomètres qui séparent la station balnéaire de Barcelone, le trajet en train longe des plages magnifiques de la Méditerranée. Sur certaines se pratique le nudisme. À Cambrils, les quelques jeunes font du topless. Si l’on ajoute qu’à dix kilomètres se trouve le gigantesque parc d’attractions de Port Aventura, on est très loin de l’imaginaire qu’on rattache volontiers à un foyer d’extrémistes islamistes.

Jesus, chauffeur de bus, ignore une telle potentielle activité. « Ou alors, ils se cachent vraiment bien. Mais non, ici c’est juste une ville tranquille. » Sur la plage, Gonzalo le secouriste, explique que son travail n’a rien d’Alerte à Malibu. « Ici il n’y a que des retraités, quelques familles. Autour, à Salou, c’est plus jeune, avec des discothèques. » Avant de conclure un brin désenchanté derrière ses grosses lunettes de soleil : « Moi, je vois surtout des vieux. »

Difficile d’y croire

Plus loin, un de ses collègues de travail, Eduardo, raconte qu’il a vu la scène de l’attaque terroriste la nuit du 17 au 18 août. « Je viens de Saragosse pour bosser l’été ici. Je n’aurais jamais cru que je pourrais me retrouver les mains sur la tête avec une arme pointée sur moi pour un contrôle d’identité. Les gens regardaient depuis leurs balcons, je leur disais "oh ! je suis pas suspect". Mais la police devait le faire avec tout le monde. » Pour lui, le plan initial a capoté : il se dit qu’ils comptaient aller à Salou où se déroule la vie nocturne. « Sauf qu’habituellement il y a toujours une voiture de patrouille qui tourne, reprend Eduardo. Hier, après ce qu’il s’est passé à Barcelone, il y en avait partout et ils sont tombés sur un barrage à Cambrils. »

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Après ce qu’il vient de se passer, les rues sont vides. Sur la plage un couple français en vacances s’étonne de voir autant de transats désertés. Aleix et Marc, eux, travaillent. Ils posent des protections solaires sur les terrasses. Dégaine espagnole, nuque longue, tempes dégagées et anneau en bois à l’oreille, ils oublient leur tâche quand on leur demande pourquoi Cambrials recèlerait une faune de fanatiques.

Pas vraiment Molenbeek

« Nous, on vient de Reus, explique Aleix, c’est à dix minutes d’ici en voiture. Et là-bas il y a une mosquée considérée radicale. Ils viennent d’installer des piliers pour qu’aucun véhicule ne rentre dans les zones piétonnes. » Reus, 150.000 habitants, possède un aéroport où Atta et Bin al-Shibh s’étaient retrouvés. Un autre Molenbeek ? « Non, ça n’a rien à voir, tempère Marc, c’est juste que c’est une grande ville, avec une plus grande concentration d’immigrés marocains. C’est tout. »

Au coucher du soleil sur les villages environnants, les scènes de vie en bord de mer ou des piscines des hôtels expriment la version espagnole de la dolce vita. Aux antipodes de la terreur que les assaillants jeudi ont espéré instaurer à Cambrils.