VIDEO. Drame de Charlottesville: Entre Trump et l'«alt-right», it's complicated

USA Mardi, le président américain a une nouvelle fois accusé les « deux camps » d’être à l’origine du drame de Charlottesville, où un militant néo-nazi a foncé en voiture sur des manifestants antiracistes…

Caroline Politi

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Donald Trump, le 12 août 2017, à Bedminster (Etats-Unis).

Donald Trump, le 12 août 2017, à Bedminster (Etats-Unis). — Pablo Martinez Monsivais/AP/SIPA

  • Donald Trump a une nouvelle fois renvoyé dos à dos les militants d’extrême-droite et antiracistes après le drame de Charlottesville.
  • L’alt-right a constitué une part active de l’électorat de Donald Trump.
  • S’il n’appartient pas à ce mouvement, il en partage une partie des idées.

Un pas en avant, deux pas en arrière. Peut-être est-ce sous ce prisme qu’il convient d’analyser la gestion des violences de Charlottesville, en Virginie, par Donald Trump. Mardi, lors d’une conférence de presse surréaliste, pendant laquelle le président américain a peiné à garder son calme, il a une nouvelle fois renvoyé dos à dos les manifestants d’extrême droite et antiracistes, estimant que dans le drame qui a coûté la vie à une jeune femme de 32 ans, les « torts étaient partagés ». « J’ai regardé de très près, de beaucoup plus près que la plupart des gens. Vous aviez un groupe d’un côté qui était agressif. Et vous aviez un groupe de l’autre côté qui était aussi très violent. Personne ne veut le dire », a-t-il déclaré. « Que dire de l’Alt-left qui a attaqué l’Alt-right comme vous dites ? N’ont-ils pas une part de responsabilité ? »

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« Ce qui choque la population, c’est le manque d’empathie de Donald Trump alors qu’il y a un mort et une dizaine de blessés lors d’une manifestation publique, analyse Romain Huret, historien spécialiste des Etats-Unis et directeur d’études à l’EHESS. On considère, aux Etats-Unis, encore plus qu’en France, que cela fait partie de la fonction présidentielle. » La veille, pourtant, Donald Trump avait adopté un ton plus consensuel. Vivement critiqué pendant le week-end pour sa molle condamnation du crime, le président américain a dénoncé lundi les « violences racistes ». « Ceux qui provoquent la violence en son nom sont des criminels et des voyous, y compris le KKK [Ku Klux Klan], les néonazis, les suprémacistes blancs et d’autres groupes haineux », avait-il alors déclaré.

Manifestants suprémacistes d'extrême-droite et contre manifestants à Charlottesville, le 12 août 2017.
Manifestants suprémacistes d'extrême-droite et contre manifestants à Charlottesville, le 12 août 2017. - Steve Helber/AP/SIPA

Pour justifier ce nouveau revirement, Donald Trump s’appuie sur la difficulté à définir la mouvance d’extrême droite - « alt-right » pour « alternative right » (droite alternative) – qui défilait samedi à Charlottesville. « J’ai condamné de nombreux groupes différents. (…) Ce ne sont pas tous les néo-nazis, croyez-moi. Tous ces gens n’étaient jamais des suprémacistes blancs. » Et sur ce point, le président américain n’a pas tout à fait tort. L’alt-right est composée d’une myriade de groupuscules conservateurs qui se structurent autour de plusieurs thématiques : le retour de l’Amérique éternelle, la défense de l’homme blanc, la lutte contre l’immigration. « Cette nébuleuse d’organisations, plus ou moins grandes, plus ou moins virtuelles, s’articule autour de la géographie du pays. Au sud, on retrouve essentiellement des mouvements racistes, à l’ouest et dans le mid-ouest, des libertariens », précise le chercheur.

Un électorat très actif

Reste que l’alt-right, aussi plurielle soit-elle, a été un soutien de poids pour Donald Trump lors de la campagne présidentielle. Si ces groupuscules ne représentent pas la majorité de son électorat, ils se sont montrés particulièrement actifs. « Ils l’ont soutenu dès les primaires, lorsque les élites conservatrices le critiquaient pour sa vulgarité, son manque de ferveur religieuse ou même son progressisme sur certains sujets comme l’avortement », assure Romain Huret. Particulièrement actifs, les militants de l’alt-right se sont déplacés en nombre à chaque meeting, chaque manifestation du candidat. « Donald Trump sait qu’il leur doit son élection. L’alt-right l’a porté », poursuit le chercheur.

S’il n’appartient pas lui-même à ce mouvement, il en est, à bien des égards, très proche. Sur le plan des idées d’abord. Tout au long de la campagne, Donald Trump a surfé sur la peur de l’immigration. LeMuslim Ban ou le mur entre les Etats-Unis et le Mexique ne sont que des exemples parmi d’autres. Même son slogan de campagne « Make America great again » - renouer avec la puissance des Etats-Unis – s’inscrit dans cette lignée. « Au-delà même des thèmes abordés, Donald Trump parle le même langage qu’eux. Il est violent, aussi bien physiquement que verbalement. Quel homme politique traiterait les Mexicains de violeurs ? Cette parole libérée, brutale, plaît à ces militants qui exècrent les discours aseptisés et passent leur temps à dénoncer la bien-pensance des médias », assure l’historien.

Son plus proche conseiller issu de cette branche

A peine installé à la Maison-Blanche, il nomme Stephen Bannon, éminent membre de l’alt-right, conseiller spécial. Tout en continuant à multiplier les saillies contre -pêle-mêle - les médias, les puissances qui critiquent sa politique, ses opposants politiques… Par son discours comme par ses choix politiques, il contribue à faire émerger une parole de plus en plus décomplexée. « Depuis la campagne de Donald Trump, l’alt-right a gagné en visibilité, assure Romain Huret. A chaque élection, les candidats républicains donnaient des gages à l’extrême droite, mais jamais un président n’a affiché une telle proximité. » Mais est-elle amenée à durer ? Les multiples revirements de Donald Trump dans ce dossier illustrent son malaise à ménager la base de son électorat sans se couper de ces militants actifs. Et des rumeurs, de plus en plus insistantes, disent Stephen Bannon, sur la sellette…