VIDEO. Corée du Nord : Pourquoi l’annonce de la miniaturisation d’armes nucléaires est à prendre avec des pincettes

NUCLÉAIRE Mardi, Donald Trump a promis le «feu et la colère» à la Corée du Nord sur fond de développement de ses programmes balistiques et nucléaires…

H.S.

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Des habitants de Pyongyang assistent au lancement d'un missile intercontinental le 4 juillet dernier.

Des habitants de Pyongyang assistent au lancement d'un missile intercontinental le 4 juillet dernier. — KIM WON-JIN / AFP

  • Pyongyang a été visé le week-end dernier par une nouvelle volée de sanctions de l’ONU.
  • Mardi, la Corée du Nord a déclaré «envisager des tirs de missiles» près des installations militaires des Etats-Unis sur l’île de Guam.
  • Le même jour, le quotidien «Washington Post» publiait des informations relatives aux progrès militaires nord-coréens.

Kim Jung-Un a beau le clamer depuis plus d’un an, la communauté internationale du renseignement peinait à y croire. Mardi pourtant, la publication d’extraits d’un rapport secret des services américains par le très sérieux Washington Post est venue ébranler les certitudes des experts.

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Selon le quotidien américain, la Corée du Nord serait désormais dotée d’armes nucléaires susceptibles d’être embarquées sur des missiles balistiques, y compris intercontinentaux. Autrement dit, Pyongyang a la capacité de toucher ses voisins proches (Corée du Sud, Japon…) mais aussi ses « ennemis » plus lointains comme les Etats-Unis.

La miniaturisation, c’est quoi ?

Depuis l’annonce du tout premier essai nucléaire nord-coréen en 2006, les spécialistes s’opposent sur les capacités du pays à miniaturiser des têtes nucléaires. « A titre d’exemple, la bombe lâchée sur Nagasaki mesurait 3,25 mètres de long pour un diamètre de 1,52 mètre. Aujourd’hui, une arme nucléaire mesure plus ou moins 75 cm de haut pour 45 cm de large », détaille  Jean-Marie Collin, vice-président d’Initiatives pour le désarmement nucléaire (IDN) et membre d’ICAN France.

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« Ce qu’on appelle miniaturiser, c’est avoir une arme nucléaire d’une puissance importante que l’on peut monter sur un missile balistique », ajoute le chercheur. Techniquement, cela implique que la tête survive à un vol à 25.000km/h et résiste à des températures et des vibrations particulièrement élevées.

Est-ce crédible ?

Dans l’article publié par le Washington Post, les journalistes s’appuient sur ce fameux rapport confidentiel achevé en juillet par l’agence américaine de renseignement militaire, la DIA. « La communauté du renseignement estime que la Corée du Nord a produit des armes nucléaires capables d’intégrer des missiles balistiques » et disposerait d’une soixantaine de ces bombes précise le document secret. Une affirmation à nuancer selon Jean-Marie Collin.

« Aujourd’hui, on sait effectivement que la Corée sait fabriquer une arme nucléaire. Ce qui lui manquait c’était cette capacité à mettre cette arme sur un missile intercontinental. La France a expliqué au mois de mai dernier qu’elle disposait d’éléments pour affirmer que la Corée ne possédait pas cette technologie mais qu’elle pourrait l’obtenir assez rapidement. Assez rapidement, cela ne voulait pas dire en trois mois mais plutôt en une ou deux années », ajoute-t-il.

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Même constat pour Siegfried Hecker, expert nucléaire à l’université de Stanford, interrogé par l’AFP : « Je ne pense pas qu’ils aient suffisamment d’expérience en matière de missiles ou d’essais nucléaires pour être capables de mettre en œuvre une ogive nucléaire suffisamment petite, légère et robuste pour survivre à un tir par missile balistique intercontinental ».

Une « rhétorique dangereuse »

Au-delà du simple débat balistique, c’est la surenchère entamée mardi 8 août entre le président américain Donald Trump et le dictateur nord-coréen Kim Jung-un, qui inquiète la communauté internationale.

« C’est un problème de sécurité internationale extrêmement grave, s’alarme Jean-Marie Collin, les deux Etats sont dans une rhétorique dangereuse qui pourrait déraper, surtout du côté de la Corée ». Plusieurs pays, dont l’Allemagne, ont appelé à « la retenue » jugeant la situation autour de la péninsule coréenne « vraiment sérieuse ».