Corée du Nord: La menace nucléaire est-elle crédible?

COREE DU NORD Selon des experts, Pyongyang a encore des obstacles à franchir avant de devenir une puissance nucléaire à part entière...

20 Minutes avec AFP

— 

Photo diffusée le 28 juillet 2017 par Korean Central News Agency (KCNA), l'agence de presse officielle nord-coréenne du missile ballistique (ICBM), Hwasong-14, tiré d'un lieu non dévoilé.

Photo diffusée le 28 juillet 2017 par Korean Central News Agency (KCNA), l'agence de presse officielle nord-coréenne du missile ballistique (ICBM), Hwasong-14, tiré d'un lieu non dévoilé. — STR / KCNA VIS KNS / AFP

Le renseignement militaire américain en est désormais convaincu : la Corée du Nord a réussi à miniaturiser l’arme atomique pour l’embarquer à bord d’un missile - y compris intercontinental - capable de menacer les Etats-Unis, a révélé le Washington Post mardi. Le pays a réussi ce tour de force technologique plus rapidement que prévu mais, selon les experts, il lui reste des obstacles à franchir avant de devenir une puissance nucléaire à part entière, capable de frapper partout, à tout moment, à un endroit précis.

>> A lire aussi : Trump promet «le feu et la colère», Pyongyang menace Guam

Cinq essais nucléaires au compteur

La Corée du Nord a mené cinq essais nucléaires dont le dernier en date le 9 septembre 2016. La bombe avait à peu près la puissance de celle lancée sur Nagasaki le 9 août 1945, soit environ 20 à 30 kilotonnes. Pyongyang avait alors annoncé que c’est ce type d’engin qu’il comptait miniaturiser et « standardiser » pour les embarquer sur ses missiles balistiques.

Le pays a procédé à de nombreux tirs de missiles y compris deux lancements réussis de missiles intercontinentaux, dont les experts estiment qu’ils ont la capacité d’atteindre la côte ouest et la côte est des Etats-Unis avec une portée d’environ 10.000 kilomètres.

>> A lire aussi : La Chine prête à sévir contre la Corée du nord

La tête doit survivre à la vitesse et au retour dans l’atmosphère

La miniaturisation de la charge nucléaire et la fabrication d’un missile avec une portée et une précision suffisante ne sont que deux éléments d’une équation complexe. Il faut que la tête survive à un vol à 25.000 km/h pour la propulser dans l’espace et, surtout, elle doit résister à un retour dans l’atmosphère où les frottements la soumettent à des températures et des vibrations extrêmement élevées.

Or, selon Michael Elleman, du centre de réflexion International Institute for Strategic Studies, le véhicule de réentrée s’est délité lors du test d’un missile intercontinental le 28 juillet. Avec un tir réel, la charge aurait sans doute été détruite avant d’atteindre son objectif. Il est néanmoins possible que les ogives actuelles soient assez robustes pour résister à un tir de missile de moins longue portée.

Pyongyang freiné par ses faibles stocks d’uranium et de plutonium

Siegfried Hecker, un expert nucléaire à l’université de Stanford, estime qu’il faudra peut-être encore cinq ans à la Corée du Nord avant d’avoir un véhicule de réentrée assez résistant. « Je ne pense pas qu’ils aient suffisamment d’expérience en matière de missiles ou d’essais nucléaires pour être capables de mettre en œuvre une ogive nucléaire suffisamment petite, légère et robuste pour survivre à un tir par missile balistique intercontinental », explique-t-il.

Siegfried Hecker, qui a visité la Corée du Nord à plusieurs reprises pour évaluer son programme nucléaire, pense que le programme militaire nucléaire de Pyongyang est fortement freiné par ses faibles stocks d’uranium et surtout de plutonium, le matériel de choix pour une arme destinée à un missile intercontinental. Selon lui, la Corée du Nord a de l’uranium et du plutonium pour fabriquer 20 à 25 bombes. C’est beaucoup moins que les 60 armes nucléaires dont disposerait Pyongyang, selon le renseignement militaire américain, cité par le Washington Post mardi.