VIDEO. Venezuela: Après l’élection dans le sang de l’Assemblée constituante, l’avenir du pays est incertain

AMERIQUE LATINE Au lendemain d’une élection marquée par une répression sanglante, «20 Minutes» évoque les scénarios post-scrutin au Venezuela…

L.C.

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Une manifestation antirégime à Caracas, au Venezuela, le 30 juillet 2017, jour de l'élection de l'Assemblée Constituante.

Une manifestation antirégime à Caracas, au Venezuela, le 30 juillet 2017, jour de l'élection de l'Assemblée Constituante. — Ronaldo SCHEMIDT / AFP

  • Nicolas Maduro, président du Venezuela depuis 2013, a organisé l’élection d’une Assemblée Constituante dimanche.
  • Le Parlement, tenu par l’opposition, sera mis sur la touche dès mercredi.
  • Des manifestations sanglantes ont émaillé le processus électoral.

L’élection de l’Assemble Constituante au Venezuela a été marquée par de nouvelles violences dimanche. Quinze personnes ont été tuées au cours du week-end, portant à plus de 120 le nombre de tués en quatre mois de manifestations antigouvernementales. 20 Minutes fait le point sur la crise politique, institutionnelle et économique qui s’accentue pour le premier exportateur de pétrole d’Amérique latine.

Cette élection est-elle un coup d’Etat masqué ?

Cette élection a été convoquée par Nicolas Maduro, qui a succédé en 2013 à Hugo Chavez à la présidence de la République bolivarienne du Venezuela. L’Assemblée constituante élue dimanche prendra ses fonctions dès mercredi. « Elle se situera au-dessus du Parlement, élu légitimement, et du président », précise à 20 Minutes Frédérique Langue, directrice de recherche au CNRS au laboratoire Institut d’histoire du temps présent. « L’élection de cette Constituante ne respecte pas la Constitution vénézuélienne qui exige un référendum avant et après un tel scrutin », souligne l’historienne, spécialiste du Venezuela. En outre, le mode de scrutin est très controversé et aucun observateur international n’a pu le contrôler. Le taux de participation, évalué à plus de 41 % selon Caracas, est également contesté par l’opposition.

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Par ailleurs, des proches du président, dont sa femme, ainsi que « des hiérarques du régime », ont été élus députés dimanche. « Comme l’a écrit un quotidien espagnol, c’est un auto-coup d’Etat, et la consécration d’une stratégie mise en place par Nicolas Maduro dès son arrivée au pouvoir », poursuit l’historienne.

La Constituante est « sa bouée de secours pour éviter une élection qu’il perdrait et pour gouverner sans les limites qu’impliquent des institutions autonomes » comme le Parlement ou le parquet, abonde l’analyste Benigno Alarcon, cité par l’AFP. La prochaine élection présidentielle est prévue fin 2018, mais l’opposition vénézuélienne craint que la nouvelle Assemblée change les règles et permette à Nicolas Maduro de se maintenir à la tête du pays. « Il fait tout pour repousser d’éventuelles élections libres, pour la seule et bonne raison qu’il sait qu’il pourrait les perdre », indiquait samedi à 20 Minutes Gaspard Estrada, directeur exécutif de l’Observatoire politique de l’Amérique latine et des Caraïbes (OPALC) de Sciences Po.

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Quelles sont les réactions à l’intérieur et à l’extérieur du pays ?

Après l’annonce des résultats, Nicolas Maduro a exprimé sa joie. Il a rapidement annoncé une offensive contre le Parlement, où l’opposition est majoritaire. « Cela suffit avec le sabotage de l’Assemblée nationale, il faut mettre de l’ordre », a-t-il dit, menaçant aussi de « prendre le mandat » de Procureur général, actuellement détenu par une adversaire du régime. L’opposition, qui a boycotté le scrutin, elle a accueilli les résultats en lançant de nouveaux appels à manifester ce lundi et mercredi.

Sur la scène internationale, l’isolement de Nicolas Maduro se confirme : de nombreux dirigeants ont condamné la tenue du scrutin et ses résultats. Washington a menacé de mettre en place de nouvelles sanctions financières pour les responsables gouvernementaux.

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L’escalade des violences va-t-elle se poursuivre ? Une sortie de crise est-elle possible ?

La répression des manifestations anti-régime a fait des dizaines de morts, plus de 120 depuis le mois d’avril dernier, selon l’AFP. Alors que l’opposition a renouvelé l’appel à la mobilisation anti-Maduro que le président est soutenu par l’armée, le retour au calme est incertain.

Quant à d’éventuelles sanctions économiques, elles risquent selon l’historienne Frédérique Langue d’accentuer la crise sociale et humanitaire. La hausse des prix devrait atteindre 720 % en 2017 selon le FMI, la plus élevée au monde, alors qu’un tiers des Vénézuéliens vit sous le seuil de pauvreté. « Il y a un risque d’escalade au niveau des pays andins », estime-t-elle également, alors que la Colombie a déjà accueilli un million de réfugiés vénézuéliens.

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