Pour comprendre la crise politique italienne

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Publié le 5 février 2008.

DECRYPTAGE - Comment la Péninsule en est-elle arrivée là? Quelles sont les failles de son système politique? Qui peut tirer son épingle du jeu? 20minutes.fr fait le point

Pour sortir de la nouvelle impasse politique dans laquelle se trouve l’Italie, le Parlement va être dissous mercredi, provoquant la tenue d’élections législatives anticipées. Comment la Péninsule en est-elle arrivée là? Quelles sont les failles de son système politique? Qui peut tirer son épingle du jeu? 20minutes.fr fait le point.

Pourquoi Giorgio Napolitano a-t-il dissout le Parlement italien?
Après la démission du chef du gouvernement Romano Prodi le 24 janvier, le président du Sénat, Franco Marini, a tenté pendant quatre jours de convaincre les chefs des partis de former un gouvernement temporaire, afin de réformer la loi électorale (lire ci-dessous). Mais face à l'intransigeance du leader de la droite Silvio Berlusconi, à l’origine de cette nouvelle loi, il a jeté l'éponge lundi soir. La seule option qui lui restait était de dissoudre le Parlement pour provoquer des élections législatives anticipées.

Quel événement a déclenché cette nouvelle crise politique?
Le ministre de la Justice, Clemente Mastella, a été mis en cause dans une affaire de corruption à Naples. Il a alors demandé la solidarité gouvernementale, mais ne l'a pas obtenue. Il a donc démissionné, entraînant avec lui son parti de centre catholique, l'Udeur. Or, au Sénat, le gouvernement n'était majoritaire que d'un siège et l'Udeur compte trois sénateurs. Romano Prodi s'y est donc retrouvé en minorité et a dû démissionner après un vote de confiance négatif de la part du Sénat.

Pourquoi le système politique italien favorise l’instabilité?
A la différence d’autres régimes parlementaires comme ceux de l’Allemagne ou du Royaume-Uni, celui de l’Italie a longtemps fonctionné à la proportionnelle pure. Comprendre: chaque parti réunissant 1% des voix pouvait bénéficier de sièges au Parlement. Le pouvoir du Parti communiste dans la Péninsule après la Seconde guerre mondiale a compliqué les choses car il a empêché l’alternance. «Elire des communistes aurait provoqué la sortie de l’Italie de l’Otan et de l’Union européenne», rappelle Fabio Liberti, chercheur italien à l'Institut de relations internationales et stratégiques. Cette particularité a provoqué une situation bancale: pour gouverner, le parti de la Démocratie chrétienne, majoritaire, a dû faire une coalition avec une multiplicité de petits partis, dont le parti socialiste, favorisant l’instabilité. De 1948 à aujourd’hui, l’Italie a connu 59 gouvernements...

Pourquoi ne pas avoir modifié la loi électorale?
En fait, elle a été modifiée. En 1993, elle a été substantiellement changée pour introduire une part de scrutin majoritaire (75%), laissant tout de même 25% de la représentation régie à la proportionnelle. Malgré neuf gouvernements successifs entre 1994 et 2006, ce système a tout de même instauré une certaine stabilité.
Mais, à la fin de sa législature, en décembre 2005, Silvio Berlusconi a rétabli un système proportionnel pur avec, pour le Sénat, une «prime de majorité» aux partis politiques en tête dans chaque région. Or, explique Fabio Liberti, «il existe en Italie de nombreux petits partis, très implantés localement, comme c'est le cas de l'Udeur. La représentation au Sénat est donc fragmentée entre grands partis et petits partis qui, au gré des coalitions, peuvent faire et défaire les gouvernements.» Ce système a contraint Romano Prodi à former une alliance entre 13 partis, dont 11 ont obtenu entre 2,6% et 0,06% des voix, pour aller aux élections d’avril 2006 qu'il a remportées de justesse avec seulement deux sièges de majorité au Sénat. Jusqu'a ce qu'un sénateur quitte la coalition en septembre, ne laissant plus qu'un siège d'avance à la majorité.
Depuis, de nombreux responsables politiques, principalement de gauche, ont appelé, à une réforme du mode de scrutin avant un retour aux urnes. En vain.

Quand pourraient avoir lieu les prochaines législatives?

Le scrutin doit être organisé dans un délai compris entre 45 et 70 jours après la dissolution du Parlement. La presse italienne tablait ce mardi sur des élections qui se tiendraient le 13 avril prochain.

Qui pourrait en sortir victorieux?
Silvio Berlusconi apparaît comme le grand gagnant de cette crise politique. Sa «Maison des libertés», la coalition de centre-droit qui avait implosé avec la fin de son gouvernement, pourrait se recomposer. Mais selon Fabio Liberti, «Berlusconi, aura en face de lui Walter Veltroni, le maire de Rome, qui dirige le parti démocrate, coalition du parti de la Marguerite (centre-gauche) et des Démocrates de gauche (ex-communistes).» Or, Forza Italia (le parti de Berlusconi) et le parti démocrate représentent chacun 25 à 30% de l'électorat. «Une coalition sera donc nécessaire pour obtenir la majorité. Encore une fois», conclut Fabio Liberti.
Catherine Fournier
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