VIDEO. Portugal: Comment expliquer le tragique incendie qui a frappé le pays?

PORTUGAL Un incendie s’est déclaré samedi après-midi dans une petite commune du centre du Portugal. Les explications de la forte propagation des flammes sont nombreuses…

Océane Marache

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Plus de 900 pompiers sont mobilisés pour tenter d'arriver à bout des flammes qui ravagent la région de Leiria au Portugal.

Plus de 900 pompiers sont mobilisés pour tenter d'arriver à bout des flammes qui ravagent la région de Leiria au Portugal. — Paulo Duarte/AP/SIPA

Le Portugal est en deuil. Un incendie s’est déclaré samedi 17 juin à 15 heures (16 heures à Paris), ravageant la commune de Pedrógão Grande, dans la région de Leiria. Des opérations de contrôle étaient toujours en cours ce lundi : l’autorité nationale de protection civile a fait état de plus de 900 pompiers sur place, 280 véhicules et au moins un canadair toujours en action dans la matinée. Après un bref orage tôt le matin, la fumée a rapidement envahi de nouveau le ciel au-dessus de cette bourgade, alors que le feu faisait toujours rage. Un dernier bilan fait état de 63 morts, dont quatre enfants, 62 blessés et de nombreux disparus.

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« Un véritable enfer »

Le feu s'est déclaré samedi après-midi dans une région montagneuse de Leiria. Selon le directeur national de la police judiciaire, Almeida Rodrigues, « un orage sec » serait à l’origine de l’incendie. La découverte d’un arbre frappé par la foudre ayant permis d’écarter la piste criminelle.

Dans la soirée, la situation prend de l’ampleur. La route nationale 236 est alors en proie aux flammes et les automobilistes se retrouvent encerclés par les flammes, sans possibilité de s’échapper. Les autorités sur place ont retrouvé 57 personnes décédées dans leurs véhicules ou aux alentours, prises de court en tentant de fuir. « Je pensais que la fin du monde était venue. J’ai cru que je n’allais pas m’en sortir », a témoigné à la télévision portugaise Maria de Fatima Nunes, une rescapée du drame.

Ce « véritable enfer » -comme le décrit le maire de la commune de Pedrógão Grande, Valdemar Alves- ne s’arrête pas là. Le feu s’est également propagé jusqu’à des habitations. Si des villages ont pu être évacués, ce n’est pas le cas de Pedrógão Grande. Une vingtaine de maisons ont été carbonisées et des villageois ont été retrouvés morts chez eux.

Un pays sujet aux incendies

Ce n’est pas la première fois que le Portugal est victime des flammes. L’année 2016 a été marquée par la perte de 100.000 hectares sur le territoire et un incendie sur l’île de Madère avait fait trois morts et réduit à néant 5.400 hectares.

Mais celui qui a eu lieu ce week-end est « la plus grande tragédie [que les Portugais aient connue] ces dernières années » selon le Premier ministre portugais, Antonio Costa. Tous les facteurs de la fameuse « règle de 30 » étaient en effet réunis pour provoquer une telle catastrophe : des températures supérieures à 30 °C, des vents supérieurs à 30 km/h et un taux d’humidité inférieur à 30 %.

Si cette règle suffit à rendre un incendie incontrôlable en raison d’une vitesse de propagation importante, l’environnement y a aussi fortement contribué. Les températures de ces dernières semaines ont asséché toute la végétation de la région rendant chaque parcelle de terrain très inflammable. Mais c’est bien la présence de pins et d’eucalyptus qui est responsable de l’intense divulgation des flammes. Un enquêteur en incendies de forêt explique au quotidien portugais, Correio da Manhã, qu’une feuille d’eucalyptus peut voler plus de deux kilomètres tout en continuant à brûler ».

Un drame évitable ?

Cet événement tragique crée la polémique au sein de la population portugaise. Les citoyens dénoncent le manque de moyens déployés par le gouvernement pour prévenir des incendies, surtout en période de canicule. L’entretien des forêts, notamment dans les zones rurales abandonnées comme celle de Pedrógão Grande, est également pointé du doigt.

Paulo Fernandes, enseignant en écologie et sciences environnementales à l’université UTAD au nord du Portugal explique au Correio da Manhã qu’un feu de ce type « dépasse les moyens de la capacité d’extinction sur le terrain ». Il estime que la protection civile aurait pu prévenir davantage la catastrophe : « Ils connaissaient les risques de cette région. La surveillance aurait dû être renforcée. Je connais la route 236 où le feu s’est propagé. C’est une route étroite bordée de champs d’eucalyptus. Je ne connais pas les circonstances mais la route aurait dû être fermée bien plus tôt », a-t-il déclaré au quotidien portugais.

L’information aux populations semble aussi avoir été insuffisante. Contacté par 20 Minutes, un représentant de l’Institut français de sécurité civile (IFRASEC) évoque « plusieurs modes de sensibilisation comme les alertes par SMS, les rondes dans les zones à risques et des applications mobiles ». « Il reste beaucoup de travail à faire au niveau de la sensibilisation des populations », explique-t-il.

Les réglementations en vigueur

En France, une réglementation a été mise en place afin de réduire le risque d’incendie. Dans le code forestier, un article définit l’obligation légale de débroussaillement autour des maisons et des réseaux de transports exposés aux risques d’incendies. En complément de cette loi, des plans de prévention du risque incendie feux de forêts (PRIFF) visent à maîtriser et minimiser les départs d’incendie.

Mais au Portugal, qui est six fois plus touché que la France par ces incidents, « ce type d’obligation n’existe pas », précise le représentant de l’IFRASEC. On ne dénombre en effet qu’une interdiction : du 1er juin au 30 septembre, il est interdit d’allumer des feux et de fumer dans les zones forestières. En ce qui concerne l’entretien des zones rurales, il n’existe aucune réglementation qui aurait pu limiter l’incendie de Pedrógão Grande.

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