Obstruction à la justice: Les choses sérieuses commencent pour Donald Trump

ETATS-UNIS Le président américain est personnellement dans le viseur du procureur, et le vice-président Mike Pence vient d'embaucher un avocat...

Philippe Berry

— 

 	Photomontage du président américain, Donald Trump, face au procureur spécial chargé de l'enquête sur la Russie, Robert Mueller.

Photomontage du président américain, Donald Trump, face au procureur spécial chargé de l'enquête sur la Russie, Robert Mueller. — PHOTOS SIPA / MONTAGE 20 MINUTES

De notre correspondant aux Etats-Unis,

L’affaire n’est pas sans ironie. Pendant des mois, Donald Trump a insisté auprès de James Comey pour que ce dernier déclare publiquement que le président américain n’était pas directement visé par l’enquête sur la Russie. C’était le cas, mais tout a changé après le limogeage du directeur du FBI : selon le Washington Post, Donald Trump est désormais personnellement visé par une enquête du procureur spécial Robert Mueller sur une possible obstruction à la justice. Il s’agit d’un rebondissement majeur, qui va avoir d’importantes conséquences.

Mike Pence embauche un avocat

La première, c’est que le vice-président Mike Pence a embauché un avocat personnel pour le représenter, jeudi. C’est parce que Robert Mueller, qui a déjà demandé à entendre trois chefs du renseignement américain, dont l’actuel directeur de la NSA, Mike Rogers, devrait sans doute vouloir parler à toutes les personnes consultées lors du limogeage de Comey, notamment Mike Pence et le ministre de la Justice, Jeff Sessions.

Parmi les proches de Donald Trump pendant sa campagne, Michael Flynn, Paul Manafort et Jared Kushner tiennent la corde pour passer devant Mueller, qui remonte la piste des transactions financières, selon le Washington Post. Donald Trump, enfin, a juré la semaine dernière qu’il était prêt « à 100 % » à témoigner sous serment face au procureur.

Les témoins devront parler

L’autre conséquence, c’est que les langues vont devoir se délier. Devant la commission du Sénat, Mike Rogers et Jess Sessions ont souvent refusé de répondre, invoquant le secret défense et « l’executive privilege », le droit du président américain à ne pas communiquer certaines informations. Mais selon NBC, l’enquête pour possible obstruction est de nature criminelle. Ce privilège présidentiel ne pourra donc pas être invoqué – la cour suprême a tranché en ce sens lors du Watergate. Devant un grand jury, les témoins peuvent choisir de se taire en invoquant le 5th amendement, afin d’éviter de s’incriminer, mais cela n’aiderait pas vraiment Donald Trump.

Limoger Robert Mueller, l’option nucléaire

Sur Twitter, le président s’est énervé, jeudi. « Ils ont inventé une fausse histoire de collusion avec la Russie, n’ont trouvé aucune preuve, et maintenant ils sortent une fausse histoire d’obstruction à la justice, cool. Vous êtes les témoins de la plus grande CHASSE AUX SORCIERES de l’histoire politique américaine, menée par des gens mal intentionnés bourrés de conflits d’intérêts ! »

Au final, même en cas d’inculpation, ce n’est pas un jury mais le Congrès qui devrait se prononcer sur une éventuelle destitution. Techniquement, le président américain pourrait demander au ministère de la Justice de renvoyer le procureur spécial avant d’en arriver là, comme un proche de Trump l’a évoqué mardi. Mais maintenant qu’il est directement visé par une enquête, Donald Trump serait selon toute vraisemblance aussitôt accusé par le Congrès d’obstruction à la justice, comme Nixon lors du Watergate. Le speaker de la Chambre, Paul Ryan, a d’ailleurs conseillé au président américain de « laisser Robert Mueller faire son travail ». Reste à voir s’il l’écoutera.

Mots-clés :