Le spectre de l'ingouvernabilité refait surface en Italie. Le Sénat italien vient de désavouer Romano Prodi, qui a présenté sa démission ce jeudi soir au président de la République, Giorgio Napolitano.
Les sénateurs ont été 161 à désavouer le chef du gouvernement, contre 156 qui lui ont accordé leur confiance. La majorité était de 160 voix.
Et maintenant?
Le président entamera des consultations dès vendredi après-midi, en commençant par les présidents du Sénat Franco Marini et de la Chambre des députés Fausto Bertinotti, précise le communiqué.
Le chef de l'Etat a, selon la formule consacrée, invité le gouvernement démissionnaire à rester en place pour l'expédition des affaires courantes.
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La proclamation des résultats dans l'hémicycle de la Chambre haute a été accueillie par les applaudissements des élus de la droite. Romano Prodi avait quitté le Sénat avant la proclamation du résultat.
«On va tout droit aux élections. C'est une grande joie», a déclaré le chef d'Alliance Nationale (droite conservatrice), Gianfranco Fini. «Maintenant, il faut aller voter», a renchéri le leader de la droite, Silvio Berlusconi.
Deux possibilités désormais: soit des élections anticipées soit la nomination d'un gouvernement de transition pour quelques mois le temps de réformer la loi électorale.
A gauche, la formation la plus importante, le nouveau Parti démocrate (PD) du maire de Rome, Walter Veltroni, plaide en faveur d'un gouvernement provisoire depuis le début de la crise, estimant qu'un retour aux urnes avec la loi actuelle serait la «pire» solution. Le PD, né récemment de la fusion des Démocrates de gauche et des catholiques de la Marguerite, est un parti encore fragile et Walter Veltroni craint un échec cuisant après 20 mois d'un gouvernement impopulaire.
La faute à la «cochonnerie de loi électorale»
C'est la droite qui a fait voter la nouvelle loi électorale dans les derniers mois de la législature en décembre 2005. Son auteur, Roberto Calderoli, membre de la la Ligue du Nord (droite populiste), l'a lui-même qualifiée de «cochonnerie». Les 20 mois du gouvernement de centre gauche ont apporté la preuve éclatante de l'ingouvernabilité à laquelle a abouti le système actuel. Il a contraint Romano Prodi à former une alliance entre 13 partis pour aller aux élections qu'il a remportées de justesse avec seulement deux sièges de majorité au Sénat.
Les délais sont extrêmement courts pour la formation d'un nouveau gouvernement puisqu'un accord devra être trouvé entre les partis avant la mi-juin, date maximum prévue pour l'organisation d'un référendum sur une réforme de la loi électorale qui a reçu le 16 janvier le feu vert de la Cour constitutionnelle mais dont les petits partis ne veulent à aucun prix car il signera leur arrêt de mort.
En cas d'élections, le référendum ne serait pas annulé mais reporté d'un an.
Plusieurs candidats au poste de chef de gouvernement
Le président de la République Giorgio Napolitano s'est toujours opposé à un retour aux urnes dans les conditions actuelles et «il va faire pression en faveur d'un gouvernement de transition» lorsqu'il mènera ses consultations avec les partis. Des noms de prétendants circulent déjà dans la presse: le président du Sénat, Franco Marini (74 ans), ancien dirigeant syndical venu de la Démocratie-Chrétienne, Giuliano Amato (69 ans), actuel ministre de l'Intérieur et ex-chef de gouvernement (1992-1993, 2000-2001), et deux grands commis de l'Etat, Mario Monti (64 ans), ex-commissaire européen à la Concurrence (1999-2004), et Mario Draghi (60 ans), gouverneur de la banque d'Italie depuis décembre 2005.
Le chef de l'Etat, qui a selon la Constitution un rôle d'arbitre, ne pourra cependant pas imposer ses vues aux partis.