«En Italie, les petits partis font et défont les gouvernements»

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Publié le 23 janvier 2008.

CRISE POLITIQUE - Interview de Fabio Liberti, chercheur italien à l'Institut de relations internationales et stratégiques (Iris)…

Une nouvelle crise politique secoue l'Italie. Pour la comprendre, nous avons interviewé Fabio Liberti, chercheur italien à l'Institut de Relations Internationales et Stratégiques (Iris).

Le chef du gouvernement italien, Romano Prodi, pourrait démissionner mercredi, anticipant un vote de confiance négatif de la part du Sénat. Qu'est-ce qui explique cette crise politique?


Le ministre de la Justice, Clemente Mastella, a été mis en cause dans une affaire de corruption à Naples. Il a alors demandé la solidarité gouvernementale mais ne l'a pas obtenue, notamment de la part d'Antonio Di Pietro, ministre des Infrastructures et magistrat qui avait lancé l'opération «Mains propres» dans les années 1990. Il a donc démissionné, entraînant avec lui hors de la majorité gouvernementale son parti de centre catholique, l'Udeur.
Or, au Sénat, le gouvernement n'était majoritaire que d'un siège et l'Udeur compte trois sénateurs. Romano Prodi s'y retrouve donc en minorité d'autant plus que le vote de certains élus de sa majorité, comme l'ancien Premier ministre libéral-démocrate Lamberto Dini, ne lui est pas forcément acquis.

Au-delà de ce scandale de corruption, cette crise était-elle prévisible?

Oui, la vraie raison de la crise est liée à la réforme de la loi électorale. Votée en 2006, la nouvelle loi électorale était un cadeau empoisonné de Silvio Berlusconi à ses successeurs. Elle prévoit en effet un système proportionnel au Sénat ainsi qu'une «prime de majorité» aux partis politiques en tête dans chaque région. Or, il existe en Italie de nombreux petits partis, très implantés localement, comme c'est le cas de l'Udeur en Campanie, la région de Naples. La représentation au Sénat est donc fragmentée entre grands partis et petits partis qui, au gré des coalitions, peuvent faire et défaire les gouvernements. C'est pour éviter que chaque petit parti ait de facto un droit de veto sur le gouvernement qu'un référendum d'initiative populaire doit se tenir entre avril et mai pour réformer la «prime de majorité». Mais les petits partis ne l'entendent pas de cette oreille.

Si Romano Prodi démissionne, que va-t-il se passer?

Deux scénarios sont possibles. Soit le chef d'Etat convoque les chefs de partis qui forment un gouvernement dit «institutionnel» qui mènent les réformes essentielles pour une durée maximale de six mois. Soit des élections législatives anticipées qui remettront la coalition de centre-droit de Silvio Berlusconi au centre du jeu politique. Sa «Maison des Libertés», qui avait implosé avec la fin de son gouvernement, pourrait se recomposer.

En cas d'élections, Silvio Berlusconi a-t-il des chances de revenir au pouvoir?

Romano Prodi, qui a mené l'assainissement des finances publiques, est impopulaire. Berlusconi, bête politique, pourra en profiter. Mais il aura en face de lui Walter Veltroni, le maire de Rome, qui dirige le parti démocrate, coalition du parti de la Marguerite (centre-gauche) et des Démocrates de gauche (ex-communistes). Forza Italia et le parti démocrate représentent chacun 25 à 30% de l'électorat. Une coalition sera donc nécessaire pour obtenir la majorité. Encore une fois.
Propos recueillis par Alexandre Sulzer
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