VIDEO. En tentant de récupérer l'attentat de Londres, Trump s'est encore tiré une balle dans le pied

ETATS-UNIS Les tweets incessants du président américain risquent de se retourner contre lui...

M.C.

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Donald Trump à Washington, le 4 juin 2017.

Donald Trump à Washington, le 4 juin 2017. — Olivier Douliery/NEWSCOM/SIPA

  • Trump a irrité le Royaume-Uni en critiquant le maire de Londres après l’attentat.
  • Il tente de récupérer l’attaque pour « vendre » son décret migratoire polémique, alors que son administration appelle la Cour suprême à l’examiner en urgence.
  • En critiquant la justice, le milliardaire risque aussi de se mettre les juges à dos.

Donald Trump monte en régime dans sa tentative de récupération de l’attentat de Londres, au risque de se mettre tout le monde à dos, aux Etats-Unis comme à l’étranger. Le président américain a continué, lundi, d’invoquer l’attaque de samedi soir pour défendre sa volonté de bloquer l’entrée des Etats-Unis aux ressortissants de certains pays musulmans, attisant les tensions avec le Royaume-Uni et risquant de mettre en péril cette mesure controversée, bloquée en justice.

Acte I : Irriter le Royaume-Uni

Enchaînant les salves sur Twitter depuis l’attaque, le milliardaire est revenu à la charge lundi matin, jugeant « pathétiques » les explications du maire de Londres, Sadiq Khan, qui s’était défendu d’avoir pris le terrorisme à la légère.

Des meetings de campagne aux salons de la Maison-Blanche, le milliardaire républicain a gardé un même ton militant pour défendre ses mesures sur l’immigration et dénoncer le terrorisme djihadiste, éreintant ceux qui le critiquent. Quitte, cette fois, à ébranler la solide et longue relation unissant Londres et Washington.

Sadiq Khan, premier maire musulman de cette capitale fière de son cosmopolitisme, a renvoyé le président américain dans les cordes de son réseau social préféré, expliquant sur des chaînes britanniques avoir des choses plus importantes à faire que de « répondre à des tweets de Donald Trump ». Il a aussi estimé que le Royaume-Uni « ne devrait pas dérouler le tapis rouge » au président américain.

En privé, des diplomates britanniques ne cachent pas leur colère face à ces propos. Et en public, la Première ministre britannique Theresa May a affiché sans détour son soutien au maire travailliste de Londres, opposant un démenti à peine masqué au président américain. « Sadiq Khan fait du bon travail et c’est incorrect de dire le contraire », a déclaré la conservatrice.

Aux Etats-Unis, de nombreux diplomates et responsables politiques aguerris font part de leur grande gêne. « Mes amis du Royaume-Uni : je m’excuse », a ainsi déclaré Ben Rhodes, un ancien proche conseiller de Barack Obama.

 

Acte II : Se tirer une balle dans le pied en critiquant la justice américaine

Avec son avalanche de tweets, Donald Trump a ouvert un double front, en plongeant également son projet de décret anti-immigration, suspendu par la justice, dans des eaux troubles. « Le ministère de la Justice doit demander un examen d’urgence de l’interdiction de voyager édulcorée devant la Cour suprême et demander une version beaucoup plus stricte », a-t-il déclaré lundi sur Twitter.

L’administration Trump a saisi jeudi la Cour suprême pour faire rétablir ce décret interdisant temporairement l’arrivée sur le sol américain aux ressortissants de six pays (Iran, Libye, Somalie, Syrie, Soudan et Yémen) et à tous les réfugiés. Pour défendre sa constitutionnalité devant les juges, la Maison-Blanche a joué la prudence, assurant que le décret ne représentait pas une « interdiction » d’entrer et ne ciblait pas spécifiquement les musulmans.

Mais, rompant avec ces précautions, le président a ajouté : « Les gens, les avocats et les tribunaux peuvent l’appeler comme ils le veulent, mais je l’appelle comme nous devons le faire, c’est-à-dire une INTERDICTION DE VOYAGE ! »

« Les tribunaux sont lents et politisés », a-t-il poursuivi dans une critique de la justice, extrêmement rare aux Etats-Unis de la part d’un élu.

Des messages qui dérangeaient jusque dans les cercles proches du président, comme en témoigne ce tweet de l’époux de sa proche conseillère, Kellyanne Conway. « Ces tweets font que certains se sentent peut-être mieux mais ils n’aideront certainement pas » l’administration à obtenir le feu vert de la Cour suprême, a ainsi estimé George Conway, concluant – en parodiant une expression célèbre de Donald Trump – ses propos d’un simple « Sad » (Triste).