Attentat à Manchester: «Les enfants doivent être pris en charge psychologiquement le plus tôt possible»

INTERVIEW Gérard Lopez, psychiatre et président de l’Institut de victimologie explique comment sont pris en charge psychologiquement les enfants lors de ce type de drame…

Propos recueillis par Delphine Bancaud

— 

Une adolescente et sa mère près du lieu de l'attentat, le 23/05/2017 à Manchester. AP Photo/Rui Vieira Lancer le diaporama

Une adolescente et sa mère près du lieu de l'attentat, le 23/05/2017 à Manchester. AP Photo/Rui Vieira — Rui Vieira/AP/SIPA

  • Le choc post-traumatique peut se manifester tout de suite après le drame ou des mois plus tard.
  • Plusieurs thérapies adaptées permettent aux jeunes de dépasser le traumatisme.
  • Les équipes médicales doivent porter une attention spécifique aux parents pour aider les enfants à aller mieux.

Ils étaient en première ligne. Des adolescents et des enfants figurent parmi les 22 personnes tuées dans un attentat suicide à la sortie d’un concert de la chanteuse pop Ariana Grande lundi soir à Manchester, qui a été revendiqué mardi par l’organisation de l’Etat islamique. Gérard Lopez, psychiatre et président de l' Institut de victimologie explique à 20 Minutes comment sont pris en charge psychologiquement les enfants lors de ce type de drame.

 

 

>> A lire aussi : EN DIRECT. Attentat à Manchester: Une minute de silence au Festival de Cannes... Les hommages se multiplient

Dans quel état psychologique sont les enfants et les adolescents qui ont été les victimes de près ou de loin de l’attentat de Manchester ?

Ceux qui se situaient près de l’endroit où a explosé la bombe ont dû vivre le drame de manière très intense. Beaucoup ont certainement dû connaître une phase de déconnexion psychique pour se protéger. Mais ceux qui se situaient plus loin ont pu se retrouver dans des mouvements de panique très angoissants. Dans tous les cas, les familles doivent être vigilantes quant à leur changement de comportement après le drame. Les enfants peuvent revivre en boucle l’attentat, connaître des troubles du sommeil et de l’appétit, se refermer sur eux, ou éviter la télévision, comme certains lieux… Dans ces cas-là, il faut qu’ils soient pris en charge psychologiquement le plus tôt possible.

Cela ne signifie pas que ceux qui semblent aller bien après l’attentat en sortiront indemnes psychologiquement. Car certains troubles post-traumatiques se déclenchent 6 mois après le drame. Un adolescent peut voir une image qui va déclencher en lui le film des événements terribles dont il a été le témoin. Il faut donc que les familles restent vigilantes, même des mois après le drame.

Comment doit-on les prendre en charge ?

L’idéal est de s’adresser à la cellule d’aide psychologique d’urgence qui est parfois installée au plus près du lieu de l’attentat. Et s’il n’y en a pas, il faut consulter un spécialiste des chocs traumatiques. Avant toute thérapie, ce dernier va instaurer avec l’enfant ou l’adolescent un climat de confiance. Pour les plus petits, la prise en charge passe par la ludothérapie. Pour les adolescents, on a recours aux thérapies cognitives ou comportementales. Ou bien encore à la thérapie EMDR, [qui consiste à effectuer des mouvements oculaires rapides pour déconnecter le patient de ses souvenirs traumatisants]. Si le jeune était bien structuré avant l’attentat, quelques séances d’une de ces thérapies devraient suffire pour qu’il se sente mieux.

Et si le jeune n’allait déjà pas très bien avant l’attentat ?

C’est le cas des adolescents qui sont harcelés à l’école par exemple, ou qui ont vécu un traumatisme familial.L’attentat va alors avoir un effet cumulatif et il lui faudra un traitement plus long. Mais s’il est confié à un professionnel aguerri en psychologie traumatique, sa prise en charge donnera de bons effets.

Vous dites que la prise en compte des parents est essentielle pour que l’enfant aille mieux…

L’intensité des troubles psychotraumatiques dépend aussi de la réaction des parents. C’est donc essentiel pour qu’ils puissent soutenir efficacement les enfants, que les psychologues ou psychiatres leur délivrent des conseils. Et plus l’enfant victime d’un attentat est jeune, plus il faut s’occuper de ses parents. Il est par exemple important que les parents ne deviennent pas trop permissifs, sous prétexte de ce qu’a subi l’enfant.