Le 5 février 2016, Julian Assange. AP Photo/Kirsty Wigglesworth.
Le 5 février 2016, Julian Assange. AP Photo/Kirsty Wigglesworth. - Kirsty Wigglesworth/AP/SIPA

La police britannique s’est dite « obligée » vendredi d’arrêter Julian Assange s’il sort de l’ambassade d’Equateur à Londres où il est réfugié depuis près de 5 ans, suite à l’abandon des poursuites pour viol à son encontre en Suède, mais pour un « délit bien mineur ».

« Maintenant que les autorités suédoises ont abandonné leur enquête, Assange reste recherché pour un délit bien moins sérieux. La police londonienne fournira des moyens proportionnés à ce délit », indique un communiqué. Assange avait violé en 2012 les conditions de sa liberté sous caution au Royaume-Uni.

L’affaire Assange a connu vendredi un rebondissement spectaculaire avec l’abandon en Suède des poursuites pour viol contre le fondateur de WikiLeaks, réfugié depuis 2012 à l’ambassade d’Equateur à Londres pour échapper à une extradition. Dans un communiqué, la procureure Marianne Ny a annoncé avoir « décidé de classer sans suite l’enquête pour viol présumé contre Julian Assange ».

La plaignante maintient ses accusations 

La plaignante suédoise qui accuse Julian Assange de viol voit l'abandon des poursuites comme « un scandale » et, « choquée », elle maintient ses accusations, a affirmé vendredi son avocate, Elisabeth Fritz. « C'est un scandale qu'un violeur présumé puisse échapper à la Justice et par là éviter les tribunaux (...) Ma cliente est choquée, et aucune décision pour classer l'affaire ne peut changer le fait qu'Assange a commis sur elle un viol », a déclaré l'avocate dans un courrier électronique adressé à l'AFP.

« Ma cliente est choquée, et aucune décision pour classer l'affaire ne peut changer le fait qu'Assange a commis sur elle un viol », a-t-elle ajouté. La plaignante, âgée d'une trentaine d'années au moment des faits, a attendu en vain pendant près de sept ans une inculpation de l'Australien de 45 ans.

« Toutes les possibilités pour faire avancer l’enquête ont été épuisées »

L’Australien, qui s’est toujours défendu des accusations de viol, dénonce en effet une manœuvre pour le faire extrader vers les États-Unis, où il risque d’être poursuivi pour la publication de documents militaires et diplomatiques confidentiels. L’administration Trump a affirmé en avril que son arrestation était une « priorité ». Et selon les médias locaux, citant des responsables américains, les autorités américaines sont en train de monter un dossier d’accusation. La procureure a levé la demande de placement en détention provisoire de l’Australien, à l’origine d’un mandat d’arrêt européen qu’il tentait depuis 2010 de faire annuler. « Toutes les possibilités pour faire avancer l’enquête ont été épuisées (…) et il n’apparaît plus proportionné de maintenir la demande de placement en détention provisoire par défaut de Julian Assange ni le mandat d’arrêt européen », a-t-elle fait valoir.

« C’est une victoire totale pour Julian Assange. Il est libre de quitter l’ambassade quand il veut. (…) Il est naturellement heureux et soulagé. Mais il critique le fait que cela ait duré aussi longtemps », a déclaré à l’agence de presse suédoise TT l’avocat de Julian Assange, Per Samuelsson. Âgée d’une trentaine d’années à l’époque des faits, l’accusatrice de Julian Assange, qu’elle avait rencontré lors d’une conférence de WikiLeaks à Stockholm quelques jours auparavant, a porté plainte le 20 août 2010. Elle l’accuse d’avoir engagé un rapport sexuel pendant qu’elle dormait dans la nuit du 16 au 17 août, sans préservatif alors qu’elle lui avait à plusieurs reprises refusé tout rapport non protégé.

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Le viol présumé sera prescrit en 2020 

 

Julian Assange soutient que la jeune femme était consentante, à la fois désireuse d’avoir une relation sexuelle avec lui, et acceptant de ne pas se protéger. « Je suis totalement innocent », écrivait le codeur informatique dans un message publié avec la retranscription de ses déclarations au procureur équatorien. L’enquête a pâti d’interminables complications procédurales dès l’origine, la défense multipliant les recours pour faire cesser les poursuites. L’instruction suédoise, notamment retardée par le refus de Julian Assange d’être entendu en Suède, avait pris tellement de temps que la plainte d’une autre jeune femme pour une agression sexuelle présumée à la même époque, en 2010, a été classée sans suite, frappée par la prescription en 2015.

Le viol présumé sera lui prescrit en 2020. L’Équateur, qui a accordé l’asile à Julian Assange, dénonçait encore une semaine avant cet épilogue, dans une lettre au gouvernement suédois, « le manque manifeste de progrès » dans l’enquête. « Il est extrêmement préoccupant de constater que six mois après l’audition à l’ambassade d’Équateur au Royaume-Uni, le parquet suédois ne s’est toujours pas prononcé sur la situation judiciaire de Julian Assange », protestait le ministère des Affaires étrangères équatorien dans ce courrier.

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