Le maire de New York, Bill de Blasio, et le chef de la police, James O'Neill, ont écarté la piste terroriste après un incident de la circulation qui a fait 1 mort et 22 blessés à Times Square, le 18 mai 2017.
Le maire de New York, Bill de Blasio, et le chef de la police, James O'Neill, ont écarté la piste terroriste après un incident de la circulation qui a fait 1 mort et 22 blessés à Times Square, le 18 mai 2017. - M.LE BLE/ 20 MINUTES

De notre correspondante à New York

L’Amérique a vu ressurgir ses vieux démons. Ce jeudi peu avant midi, une voiture a foncé dans la foule en plein Times Square. Le scénario, qui rappelle le cauchemar que certaines grandes villes ont récemment vécu, à commencer par Nice, Berlin et plus récemment Londres, a aussitôt réveillé cette peur toujours à fleur de peau des New-Yorkais, provoquant une onde de choc à Manhattan.

L’annonce, environ une heure après, d’un possible incident de la circulation n’aura pas réussi à calmer les esprits dans l’un des quartiers les plus touristiques au monde. « Nous sommes effrayés par ce qui vient de se passer, lance le cou rouge d’inquiétude, Mary, arrivée de Suède avec sa fille adolescente pour lui faire découvrir New York. Nous irons jusqu’au bout de notre séjour mais nous étions prêtes à repartir. »

Une adolescente tuée, le suspect peut-être sous l’influence de stupéfiants

Le chef de la police, James O’Neill, a reconnu lors d’une conférence de presse « avoir pensé au pire ». Mais selon le maire de New York, Bill de Blasio, « il n’y a aucune indication à ce stade qu’il s’agisse d’un acte de terrorisme". Le bilan n’en est pas moins lourd : une touriste du Michigan de 18 ans tuée et vingt-deux personnes blessées par une Honda rouge roulant à contresens au croisement de la 7e Av et la 43e rue bondées ce début de journée très ensoleillée.

Le chauffeur, Richard Rojas, est un ancien militaire de 26 ans condamné à deux reprises par le passé pour conduite en état d’ivresse ou sous l’influence de drogue. Il a été interpellé après avoir tenté de s’enfuir. Les résultats des tests d’alcoolémie n’étaient pas connus, jeudi soir. Mais selon des sources policières du New York Times, le suspect était sans doute sous l’influence de stupéfiants. Il a affirmé aux officiers qu’il entendait des voix et espérait par son geste être abattu par la police. A Times Square, le drame a laissé des milliers de passants sous le choc.

« J’ai vu six personnes allongées sur le trottoir »

A cette heure du déjeuner, Ron en sueur tapote fébrilement son portable sous la chaleur écrasante. Ce cadre de trente-trois ans, spécialisé dans les datas, a tout vu. « Je retournais à mon building situé à trois blocs de là quand j’ai vu cinq ou six personnes allongées sur le trottoir, raconte-t-il encore sous le choc. C’était fou. J’ai voulu appeler la police mais pas dix secondes plus tard, une armée de secours était déjà sur le trottoir. »

Un peu plus loin, entre les dizaines de cordons de sécurité déployés autour du lieu du crash, David a encore peine à croire qu’il s’agit bien d’un accident. « Je suis venu rendre visite à mon frère ici, je suis sorti de mon hôtel pour voir ce qui se passe, lance cet Américain du Connecticut le portable à la main. Cela fait vraiment peur. »

« Ma fille était folle d’inquiétude »

Des milliers de passants prostrés et interrogatifs sont restés ainsi massés le long des cordons de sécurité s’adonnant au rituel des selfies et des photos devant un gigantesque déploiement de force d’ordre. Deux touristes américaines, Peggy et Beverly se demandent encore ce qui vient d’arriver. « On débarque tout juste de l’aéroport. On arrive du Kentucky, lance Peggy tout éberluée. On a déposé nos bagages à l’hôtel où on a laissé ma fille, puis on est sorti. Mais à partir de là, ça a été la panique. Ma fille qui venait de voir les news a commencé à nous appeler. Mais elle n’arrivait pas à nous joindre alors qu’on était dans le quartier. Elle était folle d’inquiétude. Quelle histoire. »

« Une personne filmée 1600 fois par jour »

L’ombre du 11 Septembre planant toujours au-dessus de la ville, il est vrai que le risque d’une attaque terroriste à Times Square qui voit passer pas moins de 365 000 personnes par jour est la hantise des forces de sécurité. Et c’est sans parler du Nouvel an qui réunit en moyenne un million de visiteurs chaque année. « Nous pouvons heureusement compter sur la présence de nombreux policiers en tenue et en civil, rapporte un officier de la fameuse NYPD. Rien qu’avec notre système de surveillance vidéo, une personne peut être filmée 1600 fois rien que sur une journée. La vigilance est donc extrême. »

Sorti de son bureau de la Bank of America en chemise-cravate, Richard préfère, quant à lui, garder son calme. « Ok, il aurait pu s’agir d’un acte terroriste mais nous sommes aujourd’hui face à un bien malheureux accident, lance tout sourire ce cadre financier. Les gens surréagissent un peu trop, non ? Nous ne devons pas céder à la panique. »

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