Trump accusé d’avoir partagé des informations hautement classifiées avec Moscou

ETATS-UNIS La Maison Blanche a offert un démenti global, sans contredire le point principal…

Philippe Berry

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Donald Trump, souriant, aux côtés du ministre des Affaires étrangères Sergei Lavrov (à gauche) et de l'ambassadeur russe aux Etats-Unis, Sergei Kislyak, le 10 mai 2017 à la Maison Blanche à Washington.

Donald Trump, souriant, aux côtés du ministre des Affaires étrangères Sergei Lavrov (à gauche) et de l'ambassadeur russe aux Etats-Unis, Sergei Kislyak, le 10 mai 2017 à la Maison Blanche à Washington. — HO / RUSSIAN FOREIGN MINISTRY / AFP

Un état de chaos perpétuel. Lundi soir, la Maison Blanche a tenté d’éteindre l’incendie allumé par des révélations du Washington Post, selon lesquelles Donald Trump aurait partagé des informations « hautement classifiées » avec Moscou mercredi dernier, 24 heures après avoir limogé le patron du FBI. Malgré le démenti officiel, de nombreux élus demandent des explications, alors que la polémique pourrait endommager les relations de Washington avec ses alliés et mettre en danger des sources sur le terrain.

Selon le quotidien américain, Donald Trump s’est vanté alors qu’il recevait dans le bureau ovale le chef de la diplomatie russe, Sergeï Lavrov, et l’ambassadeur russe Sergueï Kislyak : « Je reçois de très bonnes informations. Il y a des personnes qui me briefent sur le renseignement chaque jour. » Pour illustrer son propos, le président américain aurait fourni des détails très précis autour d’une menace liée à l’utilisation d’ordinateurs portables explosifs par Daesh.

Une information fournie par un allié

Dans la soirée, Donald Trump a envoyé son conseiller à la sécurité nationale, le général McMaster, pour éteindre l’incendie. « L’article, tel que rapporté, est faux. J’étais dans la pièce », a affirmé ce dernier dans une déclaration de 45 secondes au cours de laquelle il a refusé de répondre aux questions. "A aucun moment, des méthodes de renseignement ou des sources n’ont été évoquées", a-t-il juré, sans contester explicitement que des informations classifiées aient été divulguées par le président américain.

Partager des informations classifiées n’est pas illégal – le commandant en chef des Etats-Unis en a l’autorité, rappelle le New York Times, qui a confirmé les informations du Washington Post. Le problème, c’est que l’information avait été fournie à Washington par un allié dans le cadre d’un programme de collaboration sur le renseignement. Et la règle numéro un, c’est qu’on ne partage pas une info sans l’accord explicite de son partenaire.

Quand Trump attaquait Clinton sur les informations classifiées

Dans la soirée, les réactions se sont multipliées. Le sénateur démocrate Cory Booker a dénoncé « des révélations graves et très inquiétantes ». « Partager des informations hautement classifiées avec la Russie met à mal notre sécurité nationale et la confiance de nos alliés, et met des vies en danger ». Selon le républicain Bob Corker, « la Maison Blanche doit se ressaisir. Le chaos produit par le manque de discipline crée un climat inquiétant ».

Eliot Cohen, l’ancien conseiller juridique de l’ex-secrétaire d’Etat Condoleezza Rice, envoie un scud via Twitter : « C’est édifiant. Si c’est accidentel, ça serait une raison de licenciement pour n’importe qui d’autre. Si c’est délibéré, ça serait de la trahison. »

De nombreux internautes, eux, ont ressorti les vieux tweets de Donald Trump. Il l’écrivait en juillet 2016 : « Hillary Clinton et son équipe ont été extrêmement négligents dans leur gestion d’informations hautement classifiées. Pas digne (d’être présidente) ! »