Au moins 24 civils ont été tués mercredi et des dizaines d'autres blessés par un attentat à la bombe contre un bus au Sri Lanka le jour de la rupture officielle d'un cessez-le-feu scellé en 2002 entre le gouvernement et les rebelles tamouls.
Au moins 24 civils ont été tués mercredi et des dizaines d'autres blessés par un attentat à la bombe contre un bus au Sri Lanka le jour de la rupture officielle d'un cessez-le-feu scellé en 2002 entre le gouvernement et les rebelles tamouls. - Sanka Vidanagama AFP/Archives
ARCHIVES DE 20MINUTES.FR: ENTRETIEN REALISE LE 16 JANVIER 2008

Eric-Paul Meyer, professeur à l’Incalco et spécialiste du Sri Lanka, analyse la situation politique dans laquelle est bloqué le pays.

Un nouvel attentat a visé un bus, mercredi matin, causant la mort de 24 civils selon un bilan provisoire. Est-ce la conséquence de la fin de la trêve, annoncée par le gouvernement au début du mois?
Oui et non. Ce ne sont pas les premiers attentats visant des civils des Tigres. Cette pratique remonte aux années 1990. De plus, la fin de la trêve date plutôt de fin 2004, date à laquelle les Tigres ont repris une position offensive. Peu de temps après, le gouvernement en place a été remplacé par un président prônant une réponse militaire aux attaques. Autre élément: cet attentat a été commis dans le sud-est du pays, loin de la zone d’influence traditionnelle des Tigres, qui se situe au nord. C’est une façon de dire au gouvernement qu’ils peuvent frapper où ils veulent et quand ils veulent.

Comment sont organisés les Tigres tamouls?

C’est une puissante organisation militaire revendiquant son indépendance. Son financement repose sur une taxe payée par la diaspora tamoule et le trafic d’armes. Les Tigres constituent une armée entraînée et déterminée qui s’est structurée de façon pyramidale, entre 1983 et 1984, sous la figure de son chef suprême, Velupillai Prabhakaran. Elle est composée d’unités combattantes dont on ne connaît pas le nombre exact d’hommes mais qu’on évalue à 20.000 combattants au maximum. Ces derniers sont réputés pour garder autour du coup une capsule de poison qu’ils ingèrent en cas de capture. Ils comptent parmi leur rangs des femmes, qui participent aux attentats et peuvent commettre des attaques suicides.

Le gouvernement a déjà tenté de le tuer, pour déstabiliser les Tigres, mais n’y est pas parvenu. D’une manière générale, une confrontation militaire avec les Tigres sera sans succès, l’armée régulière, qui compte environ 120.000 soldats, est bien moins entraînée que les combattants tamouls. Les Tigres ont néanmoins été affaiblis par la perte de leur n°2, en novembre.

Un retour aux négociations est-il possible?
En l’état actuel des choses, non. Les observateurs norvégiens ont été invités à quitter le pays après la fin de la trêve. De plus, ils ne sont plus crédibles aux yeux des deux parties. Le gouvernement a toujours estimé qu’il s’agissait d’un problème interne. Les seuls pays vers lesquels il se tournerait à présent sont l’Inde et le Japon. L’Inde parce qu’elle est déjà intervenue militairement dans le conflit, en 1987. Mais cela s’était soldé par un échec, elle ne devrait donc offrir qu’un soutien politique. Quant au Japon, c’est le premier bailleur de fonds du Sri Lanka. La situation du pays est difficile et le départ des observateurs internationaux est préoccupant car il laisse la porte ouverte aux violations des Droits de l’homme. Actuellement, des Sri Lankais sont arrêtés et disparaissent dans des camps militaires parce qu’ils sont soupçonnés de soutien aux Tigres.

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