LIBAN — Interview d’Antoine Sfeir, spécialiste du Proche-Orient après l’attentat antiaméricain de Beyrouth…
Interview d’Antoine Sfeir, directeur des «Cahiers de l’Orient» et spécialiste du Proche-Orient après l’attentat antiaméricain de Beyrouth qui a coûté la vie à quatre personnes.
Comment expliquer l’attentat de mardi à Beyrouth?
Il intervient alors que la Ligue arabe a proposé l’élection «immédiate» du chef de l’armée libanaise,
Michel Sleimane, comme président de la République. Un gouvernement issu de la majorité anti-syrienne du Parlement est également possible. Les Français et les Américains mettent une grosse pression en faveur de cette solution. Cet attentat est une réponse du camp syrien qui se retrouve chassé du pouvoir. La Syrie et ses exécutants libanais et palestiniens ont voulu frapper très fort mais ont raté leur coup puisque ce sont des civils libanais qui ont été tués. S’attaquer à un convoi est pourtant plus facile que s’en prendre à l’ambassade américaine de Beyrouth, extrêmement surveillée.
Quel est l’intérêt du camp syrien de s’en prendre directement aux Américains?
Damas est acculé et a besoin d’oxygène. Les discussions engagées avec les Américains à
Annapolis et les Français n’ont pas abouti. L’attaque est d’autant plus symbolique que George Bush se trouve dans la région. C’était le «bon moment» de s’en prendre aux intérêts américains.
Quelle réaction américaine est à prévoir?
Washington ne va pas laisser passer un tel acte. Le
Hezbollah est dans le collimateur car un attentat comme celui-ci ne peut avoir lieu sans son feu vert ou au moins sa neutralité. S’attaquer au Hezbollah permettra aux Etats-Unis de montrer qu’il n’est pas possible de s’en prendre aux intérêts occidentaux impunément. Une nouvelle confrontation au printemps entre la milice chiite et Israël est donc à prévoir.
Les récentes menaces de George Bush contre l’Iran peuvent-ils également expliquer l’attentat?
Non, le Hezbollah a beau être le bras armé de Téhéran, sa situation interne au Liban, où il est de plus en plus contesté, ne lui permet pas d’agir pour le compte de l’Iran. Le Hezbollah a bien trop à faire sur la scène politique intérieure.
Propos recueillis par Alexandre Sulzer