LIBERTE DE LA PRESSE - Ils sont passibles de la peine de mort…
Les auditions par un juge d'instruction des journalistes français
Pierre Creisson et Thomas Dandois, inculpés d'«atteinte à la sûreté de l'Etat», ont débuté mardi à Niamey et devaient se poursuivre mercredi alors que Paris demande avec insistance leur libération.
Les deux journalistes, qui sont passibles de la peine de mort, n'ont pas comparu ensemble. Pierre Creisson a été entendu en début de matinée, tandis que Thomas Dandois, resté à la
prison de Say, au sud de la capitale, devait passer mercredi devant le juge, a indiqué Me Moussa Coulibaly. D'après l'avocat, les deux prévenus doivent être soumis à «un interrogatoire au fond», notamment sur leur présence dans le nord du Niger, théâtre du conflit touareg et strictement interdit à la presse depuis août 2007.
Un reportage en zone interdite
Les deux Français, qui travaillaient pour le compte de la chaîne de télévision Arte, avaient obtenu une autorisation pour des reportages sur la grippe aviaire dans le centre-sud du Niger, mais ils en ont profité pour se rendre dans le nord, interdit à la presse, afin de réaliser un reportage sur les rebelles du
Mouvement des Nigériens pour la Justice (MNJ), selon Niamey.
Les images qu'ils ont filmées avec les chefs du MNJ seront également visionnées à l'occasion d'une séance à huis clos. Ces images ont «choqué» les autorités car elles montraient «des soldats à visage découvert et enchaînés», détenus depuis des mois par la rébellion.
RSF mobilisé
La défense des deux journalistes, qui sont incarcérés depuis décembre, est assurée par le Français William Bourdon, et les avocats malien Mamadou Konaté et nigérien Moussa Coulibaly. Les trois avocats défendent également
Moussa Kaka, correspondant de RFI, écroué le 26 septembre 2007 pour «complicité d'atteinte à la sûreté de l'Etat» en lien avec la rébellion touareg.
Le secrétaire général et fondateur de Reporters sans frontières (RSF), Robert Ménard, est arrivé lundi à Niamey, avec deux membres des familles des journalistes, pour solliciter leur «remise en liberté» en attendant la fin de la procédure.
Des ONG nigériennes, le ministère français des Affaires étrangères, les familles des Français et RSF ont appelé le président Tandja à la clémence. Mais à ce stade de la procédure, la grâce présidentielle n'est possible qu'après leur jugement et leur éventuelle condamnation.
Concernant Moussa Kaka, la Cour d'Appel nigérienne a annoncé mardi qu'elle rendra sa décision le 12 février sur le caractère «légal ou illégal» des bandes d'écoutes téléphoniques, seuls éléments à charge contre Moussa Kaka, également passible de la peine de mort.
Avec agence