Des employés d'une entreprise font des heures supplémentaires, à Osaka.
Des employés d'une entreprise font des heures supplémentaires, à Osaka. - Nicolas Datiche/SIPA

« Je pensais que le gouvernement allait enfin s’attaquer au problème. Mais au final, il a fait un pas en arrière, plutôt qu’en avant », soupire la veuve d’un travailleur qui, épuisé, s’est suicidé. Pour la première fois, le Japon projette de limiter le nombre d’heures supplémentaires des travailleurs qui triment sans compter. Le plafond est cependant fixé à… 100 heures, ce qui ne résoudra rien au problème, clament ses détracteurs.

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Pire, dénoncent ceux-ci, ce plafond scelle dans le marbre des pratiques nées dans l’après-guerre, où la valeur attribuée aux « salarymen » dépend de leur endurance, une situation responsable du décès de centaines de personnes par an.

Une durée excessive de labeur freine la productivité

Le mois dernier, en présentant les conclusions d’un comité spécial mis en place en septembre 2016 pour lutter contre les risques de mort par excès de travail (karoshi), le Premier ministre Shinzo Abe s’est pourtant félicité d'« une étape historique pour réformer la façon de travailler au Japon ».

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Car la durée excessive de labeur est souvent contre-productive : elle freine la productivité (certains ralentissent le rythme pour gagner plus d’argent grâce aux heures sup payées) et dissuade les mères de travailler alors que le Japon manque cruellement de main-d’œuvre.

Actuellement, la durée légale est de 40 heures par semaine, complétée par un plafond théorique de 45 heures supplémentaires par mois qui vole en éclats quand existe un accord d’entreprise. Si la réforme est adoptée, les compagnies qui ignorent les dispositions légales seront passibles de sanctions. Mais elles pourront quand même demander à leurs salariés d’œuvrer jusqu’à 100 heures supplémentaires par mois en période d’activité intense, ce qui réduit la portée du changement.

« Un pas en arrière, plutôt qu’en avant »

Si les pays occidentaux peuvent difficilement comprendre un tel dévouement, au Japon, les salariés « acceptent de travailler plus, en contrepartie de la protection de l’emploi », explique un consultant en ressources humaines.

Dans le pays, des voix se sont cependant élevées pour protester contre le projet. « Nous ne pouvons pas accepter cela. C’est scandaleux », lance ainsi Emiko Teranishi, qui représente un groupe de proches de victimes de karoshi. Son mari s’est suicidé en 1996, éreinté par d’interminables heures du travail, sans aucun week-end de repos.

Gérant d’un restaurant de soba à Kyoto, il était sous pression de sa direction pour doper les ventes. « Il était déprimé. Il me disait qu’il ne pouvait ni dormir ni manger. Tous les matins, je lui demandais de prendre un jour de repos mais il allait quand même au travail », raconte-t-elle. Dans une tribune de presse, Hifumi Okunuki, présidente du syndicat Tozen, a dit sa « tristesse ». « Combien d’autres travailleurs devront mourir avant que notre pays se réveille ? »

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