Référendum en Turquie: Erdogan remporte une courte victoire, contestée par l'opposition

MONDE Le « oui » à la consultation sur le renforcement des pouvoirs présidentiels a recueilli 51,37 % des suffrages, selon des résultats provisoires…

20 Minutes avec AFP

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Des partisans du président turc fêtent la victoire du «oui» au référendum sur le renforcement de ses pouvoirs, à Ankara le 16 avril 2017.

Des partisans du président turc fêtent la victoire du «oui» au référendum sur le renforcement de ses pouvoirs, à Ankara le 16 avril 2017. — Burhan Ozbilici/AP/SIPA

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a salué ce dimanche une « décision historique » en revendiquant la victoire du oui au référendum sur le renforcement de ses pouvoirs, et appelé les pays étrangers à « respecter » cette décision. L’opposition, qui l’accuse de dérive autoritaire, criait à la fraude.

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« La Turquie a pris une décision historique au sujet de son système de gouvernance », a déclaré Erdogan lors d’un discours à Istanbul. « Nous voulons que les organisations et les pays étrangers respectent la décision de notre nation », a-t-il ajouté. Le président turc, âgé de 63 ans, recherchait un plébiscite. Toutefois, selon les résultats diffusés par l’agence de presse progouvernementale Anadolu, le « oui » n’a recueilli que 51,37 % des suffrages dimanche après dépouillement des bulletins dans 99,45 % des urnes.

Le chef du Haut Conseil électoral (YSK) a confirmé la victoire du « oui », précisant qu’il devançait le « non » de quelque 1,25 million de voix, avec seulement 600.000 bulletins de vote restant à dépouiller. Quelque 55,3 millions de Turcs étaient appelés à voter. Le taux de participation s’est établi à 85 %, selon le YSK.

L’opposition dénonce des « manipulations »

A la télévision turque, Recep Tayyip Erdogan a évoqué la possibilité d’organiser un nouveau référendum, cette fois-ci sur le rétablissement de la peine capitale, une initiative qui sonnerait le glas du processus d’adhésion de la Turquie à l’Union européenne.

Réagissant à la courte victoire du oui, l’UE a pressé la Turquie de chercher un « consensus national ». Une crise diplomatique avait opposé Ankara à plusieurs pays de l’UE, notamment l’Allemagne et les Pays-Bas, après l’interdiction de meeting de soutien au président turc sur leur sol pendant la campagne. « Etant donné le résultat serré », le Conseil de l’Europe a lui appelé les dirigeants turcs à « envisager les prochaines étapes avec prudence ».

Les deux principaux partis d’opposition, le CHP et le HDP (prokurde), ont dénoncé des « manipulations » au cours du référendum et annoncé qu’ils feraient appel du résultat. Ils fustigent notamment une mesure annoncée à la dernière minute par le Haut Conseil électoral considérant comme valides les bulletins ne comportant pas le tampon officiel du bureau de vote dans lequel ils ont été glissés dans l’urne. Cette mesure a « rendu sujet à débat la légitimité du référendum » et « jeté une ombre sur la décision de la nation », a affirmé le chef du CHP, Kemal Kiliçdaroglu.

Erdogan à la tête de l’Etat jusqu’en 2029 ?

En dépit de la victoire annoncée du oui dans l’ensemble du pays, le camp du non l’a emporté dans les trois principales villes, Istanbul, Ankara et Izmir. Les régions du sud-est peuplées en majorité de Kurdes ont aussi massivement voté contre l’accroissement des prérogatives du chef de l’Etat.

« C’est une victoire pour Erdogan, mais aussi une défaite. Il a perdu Istanbul, là où il a entamé sa carrière politique » en devenant maire en 1994, a écrit sur Twitter Soner Cagaptay, analyste spécialiste de la Turquie au Washington Institute.

Si sa victoire devait se confirmer, Erdogan, qui a échappé à une tentative de putsch le 15 juillet, disposerait non seulement de pouvoirs considérablement renforcés, mais pourrait en théorie rester à la tête de l’Etat jusqu’en 2 029. Agé de 63 ans, il a occupé le poste de chef du gouvernement entre 2 003 et 2014, avant d’être élu président.