Jusqu'où peut aller l'escalade entre Donald Trump et Kim Jong-un?

DIPLOMATIE Alors que Pyongyang pourrait procéder à un nouvel essai nucléaire ce week-end, Washington gonfle les muscles...

Philippe Berry

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Kim Jong-Un, à Pyongyang, le 13 février 2015.

Kim Jong-Un, à Pyongyang, le 13 février 2015. — KCNA/CHINE NOUVELLE/SIPA/SIPA

Sur Google Trends, les recherches pour « World War III » ont atteint des sommets. D’un côté, Donald Trump, au pouvoir depuis moins de 100 jours, vient de découvrir que bombarder la Syrie est plus facile que de réformer la santé, et promet en moins de 140 signes de « régler le problème » nord-coréen. De l’autre, Kim Jong-un, un dictateur trentenaire imprévisible déterminé à faire de la Corée du Nord une puissance nucléaire, qui jure de répondre « à la menace insensée » américaine, et se dit prêt « à la guerre ». Selon Van Jackson, professeur de géopolitique au Centre pour les études sur la sécurité Asie-Pacifique, on est encore « au stade de la dissuasion musclée » mais le risque d’un embrasement n’avait « pas été aussi élevé » depuis les années 90.

Le week-end de tous les dangers

Alors que Pyongyang célèbre ce samedi le 105e anniversaire de la naissance du « dirigeant suprême » Kim Il-sung, le régime pourrait procéder à son sixième essai nucléaire, selon les observateurs. En face, Washington serait prêt à lancer une frappe préventive, selon NBC News. Donald Trump a envoyé en renfort une armada menée par l’USS Carl Vinson et plusieurs sous-marins. Selon Jackson, cette démonstration de force s’inscrit dans le cadre de la « dissuasion coercitive ». L’action en Syrie a été secrète et rapide comme l’éclair. Ici, c’est lent et médiatique, avec un message renforcé par les frappes contre Damas et l’utilisation de la « mère de toutes les bombes » en Afghanistan.

Une frappe américaine serait suivie « d’une réponse immédiate »

Depuis la guerre de Corée, qui a fait près de 5 millions de morts au début des années 50, aucun président américain n’a ordonné de frappes contre Pyongyang – Bill Clinton l’a considéré en 1994. « C’est parce qu’il y aurait une réponse automatique immédiate », estime Van Jackson. Comment réagirait Kim Jong-un en cas de tirs de Tomahawks américains ? « La crainte de beaucoup, ce sont des tirs d’artilleries sur Séoul », qui se trouve à 50 km de la DMZ (la zone démilitarisée à la frontière entre les deux Corées). Mais selon l’expert, « ça serait du suicide ». Il mise plutôt sur une réponse intermédiaire, comme l’attaque contre une corvette de la Corée du sud, qui avait fait 46 morts en 2010. Cela permettrait à Kim Jong-un de garder la menace de tirs sur Séoul comme carte de négociation.

Le facteur nucléaire

Pyongyang est-il capable de militariser une bombe atomique ? « Certains experts estiment que c’est déjà le cas, d’autres qu’il faudra encore cinq ans », selon Van Jackson. La Corée du Sud, le Japon et la Chine sont en première ligne, alors que les missiles intercontinentaux nord-coréens ne sont pas encore très fiables. Mais ce n’est sans doute qu’une question de temps avant que les Etats-Unis se retrouvent également sous la menace.

Le risque « de plusieurs millions de morts »

Outre le facteur nucléaire et son artillerie, la Corée du Nord compte plus d’un million de soldats, ce qui en fait la quatrième plus grosse armée du monde. Elle pourrait également mener des attaques chimiques contre son voisin du sud. En 1994, une estimation chiffrait une guerre avec Pyongyang à un million de morts et 1.000 milliards de dollars. Selon Jackson, il faut aujourd’hui multiplier ces chiffres plusieurs fois : un conflit total pourrait faire « plusieurs millions de morts en quelques semaines ». Mais l’universitaire estime qu’une guerre ne durerait pas car la Corée du Nord « n’a ni les ressources ni la logistique » pour un long conflit.

Le « mythe » de l’influence chinoise

« Après avoir discuté dix minutes » de la Corée du Nord avec le président chinois Xi Jinping, Donald Trump s’est « rendu compte que c’était plus compliqué » qu’il ne le croyait. « Je pensais qu’ils avaient une grande influence sur la Corée du Nord, mais en fait ce n’est pas ce qu’on pourrait croire », a réalisé candidement le président américain. De fait, « l’influence chinoise sur son voisin est un mythe », selon Van Jackson. Pékin a du poids économique, mais « en matière de géopolitique, Pyongyang n’écoute personne ».

Quelle solution ?

A ce stade, il ne reste plus que deux options pour les Etats-Unis, selon Van Jackson : « Accepter comme un fait accompli que la Corée du Nord est devenue une puissance nucléaire, et s’adapter en mettant l’accent sur le contrôle de son armement, ou être prêt à un conflit et à ses conséquences. » Et alors que le gouvernement Trump compte de nombreux anciens militaires à sa tête, avec le général Mattis à la Défense et le général McMaster comme conseiller à la Sécurité nationale, l’universitaire a une crainte : « Que la diplomatie passe au second plan ».