Le président américain Donald Trump annonce avoir ordonné une frappe ciblée en Syrie, le 6 avril 2017.
Le président américain Donald Trump annonce avoir ordonné une frappe ciblée en Syrie, le 6 avril 2017. - Alex Brandon/AP/SIPA

Il bande les muscles encore un peu plus. Deux jours après le bombardement sur une base syrienne, Donald Trump a fait savoir qu’il avait envoyé un porte-avions et sa flotte dans l’ouest du Pacifique, en mentionnant clairement la menace nucléaire nord-coréenne.

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Alors qu’il devait initialement faire escale en Australie, le porte-avions Carl Vinson a pris la route du Pacifique-Ouest depuis Singapour. Il est accompagné de son escadron aérien, de deux destroyers lanceurs de missile et d’un croiseur lanceur de missile.

La Corée du Nord capable de frapper d’ici deux ans

La raison est évidente. Après avoir réalisé plusieurs essais en 2013, 2016 et la semaine dernière, la Corée du Nord pourrait être à même de disposer d’un missile à tête nucléaire capable de frapper le sol américain dans les deux ans, estiment les services de renseignement américain.

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Donald Trump a-t-il l’intention d’intervenir unilatéralement pour éviter cela, comme il a déjà menacé depuis son arrivée à la Maison blanche ? « Il veut surtout enfoncer le clou, analyse la politologue Nicole Bacharan. Il a été très satisfait des réactions après le bombardement en Syrie. Il veut donc montrer un peu plus au monde entier qu’il ne faut pas l’énerver et que les Etats-Unis sont de retour sur la scène internationale. »

« S’il voulait intervenir, il aurait bombardé… »

Et cultiver un peu plus son côté imprévisible prêt à tout ? « Il y a encore une marge, selon moi, avant que les Etats-Unis n’attaquent la Corée du Nord, pense Yves Boyer, directeur scientifique du forum du futur. Si Trump voulait intervenir, il aurait bombardé et il n’aurait pas annoncé l’envoi d’un porte-avions dans cette zone… »

Infographie : Les essais nucléaires de la Corée du Nord.
Infographie : Les essais nucléaires de la Corée du Nord. - AFP

Une zone très instable que se disputent toujours les intérêts chinois, japonais et américains. « Deux jours après avoir reçu Xi Jinping, le président chinois sur le sol américain, Donald Trump veut peut-être aussi simplement rassurer ses alliés sud-coréen et japonais », poursuit le chercheur.

Des plans prévoyant un déploiement en Corée du sud

A moins qu’il ne veuille marquer l’Histoire par un coup d’éclat militaire moins de trois mois après son arrivée à la tête des Etats-Unis. « Je pense que l’on sera fixé très rapidement dans la semaine, estime, pour sa part, Jean-Eric Branaa, maître de conférences spécialisé dans la politique américaine à l’université de Paris 2 – Assas. Donald Trump risque d’être pris à son propre piège. Si l’on montre les muscles, il faut qu’il y ait quelque chose derrière… » Et le chercheur de citer les plans du Pentagone prévoyant notamment le déploiement de troupes américaines sur le sol sud-coréen.

Car, en chute dans les sondages depuis son investiture, Donald Trump a connu un net regain de popularité aux Etats-Unis depuis le bombardement ordonné sur la base syrienne. A peine installé, il veut peut-être tester l’adage selon lequel une intervention extérieure permet de faire oublier à sa population les problèmes intérieurs. Avec toutes les conséquences que cela pourrait avoir.

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