Décret de Trump sur le charbon: Quelles conséquences sur les engagements pris à la COP 21?

ENVIRONNEMENT Le décret favorisant l’industrie du charbon signé mardi par Donald Trump suscite des inquiétudes, en particulier concernant son impact sur l’Accord de Paris…

Marie Lombard

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Donald Trump a signé mardi un décret qui encourage la production de charbon comme énergie

Donald Trump a signé mardi un décret qui encourage la production de charbon comme énergie — Pablo Martinez Monsivais/AP/SIPA

La nouvelle a suscité l’indignation de nombreux acteurs pour le climat dans le monde. Après son revers sur l’abrogation de l’Obamacare, réforme du système de santé entamée durant le mandat de Barack Obama, voilà que Donald Trump se met à détricoter les textes de l’ancien président concernant la protection de l’environnement.

L'inquiétude monte face aux décisions du président américain. Ce dernier a signé mardi un décret sur l’indépendance environnementale qui réexamine et abroge plusieurs dispositions du Clean Power Plan d’Obama imposant pour 2030 aux centrales thermiques une réduction de 32 % de leurs émissions de CO2 par rapport à leur bilan de 2005. Or, ce décret ne concerne pas seulement le marché intérieur américain mais aussi les engagements pris par l’administration Obama concernant l’environnement au niveau mondial.

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Le même jour Donald Trump a également annoncé « la fin de la guerre contre le charbon » au nom de l’emploi et la fin de l’interdiction d’ouvrir de nouveaux centres d’exploitations « du magnifique charbon propre ». La question est ainsi sur toutes les lèvres : Quelles conséquences le décret sur l’indépendance environnementale aura-t-il sur l’Accord de Paris décidé lors de la COP 21 ? Les dirigeants de plus de 190 pays s’étaient en effet engagés, en décembre 2015, à limiter le réchauffement climatique « bien en dessous de 2°C par rapport aux niveaux préindustriels ».

Le « climat de confiance » autour de la COP 21 est fragilisé

Pour Pierre Cannet, responsable des programmes climat, énergie et infrastructures durables au sein de l’ONG WWF, le décret signé mardi est un coup porté à l’Accord de Paris. « Cet accord a été possible grâce à une entente sino-américaine sur les questions environnementales », déclare-t-il avant d’ajouter que « c’est ce qui a permis d’instaurer un climat de confiance entre ces deux gros pollueurs, un climat bénéfique à une entente internationale ».

« Il risque d’y avoir une certaine défiance des acteurs internationaux envers cet allié climatique que sont jusqu’à présent les Etats-Unis (…) et l’administration Trump aura pour devoir lors des prochains G7 et G20 d’expliquer comment le pays compte concilier les engagements pris lors de la COP 21 et ceux pris par le nouveau président américain », poursuit Pierre Cannet.

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La résistance s’organise aux Etats-Unis

Il convient toutefois de relativiser l’impact que pourrait avoir le décret sur les promesses del’Accord de Paris. En effet, le contrôle du réchauffement climatique et des émissions de gaz à effets de serres promis par Barack Obama « est toujours l’objectif affiché au niveau international », affirme Pierre Cannet. C’est donc cette clause qui l’emporte sur les engagements fédéraux. « De plus», ajoute-t-il, « la position de Trump sur le charbon est détachée des réalités et va à contre-courant à la fois de la logique du marché du charbon, qui est sur le déclin, et des mobilisations pour l’environnement aux Etats-Unis ».

« Le président américain devra donc faire face à une résistance venant des organisations et des entreprises nationales ». Certaines comme Nike ou encore Starbuck ont demandé en novembre à Donald Trump de ne pas sortir de l’Accord de Paris. « De plus, la population américaine appuie cette requête » car ces questions touchent à la santé publique. « Ce terrain de l’environnement délaissé par Donald Trump sera peut-être une place reprise et défendue par des entreprises et institutions nationales via des partenariats industriels et environnementaux »,estime le responsable WWF. Pas de panique donc : Si le président s’éloigne de l’accord de Paris, d’autres acteurs nationaux y restent eux attachés.

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Et du point de vue de la légalité ?

En dernier lieu, « les ONG et associations américaines ont également la possibilité d’entamer une action devant les tribunaux nationaux », pour rappeler à l’administration du pays les engagements qui ont été pris en décembre 2015 et faire annuler certaines décisions qui vont à l’encontre du bagage légal international concernant le climat. Quant au retrait éventuel des Etats-Unis de l’Accord de Paris, il faudrait environ 4 ans (comprenant les 3 ans fixés à compter de la signature du traité et un délai pour les formalités administratives) au gouvernement américain pour s’en extraire.

« C’est en cela que l’Accord est bien pensé », affirme Pierre Cannet, car quel que soit le président en fonction, il faut un temps de réflexion pour s’en défaire (…), et la réponse des Américains aux décisions de Trump sera à chercher dans les urnes », en 2020. Si l’Accord de Paris ne prévoit pas de sanctions, « celles-ci surviendront sur le plan climatique, affirme le responsable de WWF, les littoraux du pays sont exposés aux inondations et le centre aux sécheresses, lorsque des catastrophes naturelles surviendront, il faudra débourser des milliards de dollars en réparations ».