Le Premier ministre néerlandais Mark Rutte, le 15 mars 2017.
Le Premier ministre néerlandais Mark Rutte, le 15 mars 2017. - Patrick Post/AP/SIPA

C’est un scrutin qui avait valeur de test. Si Geert Wilders l’emportait dans les urnes aux Pays-Bas, on avait peut-être là le signe d’une déferlante populiste sur l’Europe dans les mois à venir. Mais ce mercredi, c’est l’actuel Premier ministre libéral néerlandais, Mark Rutte, qui s’est imposé en battant son rival anti-islam aux législatives. Un grand soulagement pour les dirigeants européens, malgré la remontée de l’extrême droite qui prend la deuxième place. Alors, quels enseignements peut-on en tirer pour l’Europe ?

Loin derrière

Attendu comme un baromètre de la montée du populisme en Europe, année de grands scrutins à travers le continent, le score du député controversé Geert Wilders est bien loin derrière les 36 sièges crédités dans les sondages il y a quelques mois, mais aussi derrière son record de 24 sièges en 2010.

Car après avoir longtemps flirté avec l’idée de propulser l’élu anti-islam, anti-Union européenne, anti-immigration et anti-système à la tête du gouvernement, les électeurs néerlandais ont opté pour la stabilité. En tête avec 33 sièges crédités, le Premier ministre Mark Rutte a salué une victoire contre ce qu’il appelle «  le populisme de mauvais aloi ». Pour l’heure, le Parti pour la Liberté (PVV) de Geert Wilders, lui, n’aurait remporté que 20 sièges, selon les derniers résultats portant sur 97 % des voix.

« La fascination est terminée »

Après les surprises du Brexit au Royaume-Uni et de la victoire de Donald Trump à la présidentielle américaine, ces résultats sont « une victoire du bon sens et un bon départ pour la saison électorale européenne [élection présidentielle française fin avril et législatives allemandes à l’automne] », a analysé Holger Schmieding, économiste en chef de la banque Berenberg.

« La fascination pour les partis populistes de droite est terminée », a affirmé pour sa part le Pr Hajo Funke, de l’Institut des Sciences politiques Otto Suhr. « Les gens voient que Trump ne fait pas de bien ni aux Etats-Unis, ni à l’Europe, a-t-il ajouté. Ils voient bien le coût, le potentiel de destruction économique et en termes de politique internationale ». Pour lui, les citoyens se sont aperçus de la « réaction en chaîne destructrice » que pouvait déclencher le populisme de droite à travers toute l’Europe. Au lendemain des résultats, François Hollande a évoqué « une nette victoire contre l’extrémisme », tandis que la chancelière allemande Angela Merkel, selon son porte-parole, s’est réjouie de « poursuivre une bonne collaboration en tant qu’amis, voisins, Européens ».

« Le génie ne retournera pas dans la lampe »

Pour Geert Wilders toutefois, « le génie ne retournera pas dans la lampe ». Avec ce score, sa voix ne pourra être ignorée, lui qui devrait être le principal leader de l’opposition. Il est toutefois très improbable que Mark Rutte s’allie avec Geert Wilders. Durant la campagne, plusieurs partis dont le sien ont fermement exclu de collaborer avec lui. Jeudi, Marc Rutte s’est proposé pour mener les rencontres avec les principaux chefs des partis pour discuter de la formation du gouvernement de coalition, mais sans Wilders. Pour autant, pas de quoi parler de défaite pour l’élu battu, qui marque « objectivement » des points, relève Jean-Yves Camus, spécialiste des extrémismes en Europe à l’Institut de Relations internationales et stratégiques (IRIS) à Paris. Les leaders nationalistes et relais d’opinion « antisystème » se sont d’ailleurs engouffrés dans la brèche, à moins de 40 jours de l’élection présidentielle en France et à six mois des législatives allemandes.

« Le Parti de la Liberté de Wilders est le deuxième du pays (…) Changer l’Europe, sauver l’emploi et bloquer l’invasion, les bonnes idées avancent », s’est félicité en Italie Matteo Salvini, le chef de la Ligue du Nord, un mouvement d’extrême droite anti-immigration. « C’est la preuve que les idées communes que nous avons avancent dans les différents pays européens », a renchéri la présidente Marine Le Pen, en tête des intentions de vote pour le premier tour de la présidentielle en France, le 23 avril prochain.

En Allemagne, le parti anti-islam AfD, qui enregistre un léger recul dans les sondages depuis trois semaines, s’est montré un peu moins serein. « Nous espérions un meilleur score pour le PVV », a lâché une des figures du parti, Frauke Petry.

Les populismes « aux portes du pouvoir »

Mais pour le politologue français Stéphane Rozès, président de Cap (Conseils, analyses et perspectives), la progression des populismes n’en demeure pas moins « constante » en Europe et ils avancent vers « les portes du pouvoir », même si les électeurs font pour l’instant encore barrage. « Le danger dans cette « bonne nouvelle » des Pays-Bas, c’est que les gouvernants européens ne s’attaquent pas à la racine de la montée du populisme », s’inquiète l’expert. Car selon lui, « les peuples ont le sentiment d’être peu à peu privés de la maîtrise de leur destin ».

Même s’ils restent à la porte du pouvoir - le leader d’extrême droite Nobert Hofer a été recalé à la présidentielle autrichienne en décembre - les nationalistes n’en diffusent pas moins avec succès leurs idées dans la société, jusque dans les partis de gouvernement. « Quand on pèse 46 % en Autriche, quand on pèse ce que pèse Geert Wilders aux Pays-Bas, incontestablement on pèse sur le cours des choses », note Jean-Yves Camus. « La réaction de Mark Rutte à la question des meetings turcs aurait-elle été la même si on n’avait pas été en période électorale, avec un Wilders en embuscade ? Incontestablement non », affirme-t-il. A quelques jours du scrutin, les autorités néerlandaises ont fermement refoulé deux ministres turcs, dont celui des Affaires étrangères, qui voulaient participer à un meeting en faveur du président Recep Tayyip Erdogan aux Pays-Bas.

De la même manière, la coalition entre sociaux-démocrates et conservateurs au pouvoir à Vienne a durci ses positions sur l’immigration ou le port du voile. « Marke Rutte a gagné en englobant les thématiques qui étaient celles de son adversaire populiste, estime Leonardo Morlino, professeur de Sciences politiques à l’université Luiss de Rome. Si les partis traditionnels parviennent à s’emparer de façon opportune des thématiques qui sont habituellement celles des populistes, ils peuvent, si ce n’est les battre, au moins les contenir ».

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