Syrie: LafargeHolcim admet des pratiques «inacceptables» pour sécuriser sa cimenterie

MENACES Le cimentier reconnaît avoir indirectement financé des groupes terroristes en Syrie…

20 Minutes avec AFP

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LafargeHolcim a-t-il financé l’Etat islamique ? Le géant suisse des matériaux de construction a admis avoir « indirectement » financé en 2013 et 2014 des groupes armés en Syrie, pays déchiré par la guerre civile, pour maintenir en activité sa cimenterie.

Autour de la filiale syrienne située à Jalabiya, les « menaces pour la sécurité des collaborateurs » et les « perturbations dans les approvisionnements nécessaires pour faire fonctionner l’usine et distribuer ses produits » se sont faites plus pressantes, explique l’entreprise dans un communiqué. La filiale locale de Lafarge avoue avoir tenté d’amadouer les diverses « factions armées » qui contrôlaient ou tentaient de contrôler les zones autour de la cimenterie. Elle a « remis des fonds à des tierces parties afin de trouver des arrangements avec un certain nombre de ces groupes armés, dont des tiers visés par des sanctions », détaille LafargeHolcim.

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Un document tamponné par l’EI

Selon LafageHolcim, l’enquête n’a pas pu établir précisément l’identité de ceux qui ont reçu ces fonds. Mais selon Le Monde, qui avait révélé l’affaire en juin, ces arrangements ont profité à l’organisation État islamique (EI). Le quotidien indiquait que Lafarge avait missionné un intermédiaire pour obtenir de l’EI des laissez-passer pour ses employés aux checkpoints. Le siège de Lafarge à Paris était au courant de ces efforts, selon le journal.

Il a aussi évoqué un laissez-passer estampillé du tampon de l’EI, permettant aux camions de circuler pour approvisionner le site, et laissant supposer le paiement de taxes. Ou encore l’intervention d’intermédiaires et de négociants visant à vendre au cimentier du pétrole raffiné par l’EI. L’organisation djihadiste avait fini par prendre le contrôle du site en septembre 2014.

Le cimentier est visé par une enquête préliminaire ouverte en octobre, après une plainte de Bercy. Le ministère de l’Economie accuse notamment LafargeHolcim d’avoir enfreint les sanctions édictées par l’Union européenne contre le régime de Bachar al-Assad et plus généralement l’interdiction de toute relation avec les organisations terroristes présentes en Syrie.

Des mesures inacceptables

« Rétrospectivement, les mesures prises pour poursuivre les activités de l’usine étaient inacceptables », admet le groupe dans son communiqué. « Les responsables des opérations en Syrie semblent avoir agi d’une façon dont ils pensaient qu’elle était dans le meilleur intérêt de l’entreprise et de ses employés. Néanmoins, l’enquête révèle des erreurs de jugement significatives en contradiction avec le code de conduite alors en vigueur », ajoute-t-il.

Des ONG ont aussi saisi la justice. L’ONG Sherpa vise dans sa plainte des faits de financement du terrorisme, de complicité de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité et de mise en danger délibéré d’autrui. Les aveux de LafargeHolcim « légitiment et renforcent encore plus fort notre plainte. C’est aux juges d’en tirer les conséquences », a estimé l’avocat William Bourdon, le président de Sherpa.

L’entreprise a mis en place un comité éthique, intégrité et risques ainsi que des mesures visant à évaluer plus rigoureusement ses partenaires.